J’ai failli commencer cette première journée, ce grand retour par tout un tas d’explications quant à nôtre absence sur le site. J’ai changé d’avis ! Oui, il s’est passé des choses, beaucoup de choses… énormément ! Mais je trouve sympa de garder ça pour nous, même si je sais qu’au retour on n’y coupera pas : « Alors que s’est il passé pendant ces deux mois ? »
« il faudra t’y faire Céline, tu es dans un pays musulman », la deuxième, « Il n’y a que des femmes dans ce bureau ?! » J’ai toujours pensé, à tort, que dans les pays musulmans les femmes cherchaient à s’émanciper. Ici, c’est chose faite ! Pas un homme derrière les bureaux, juste de jolis voiles de mousseline de toutes les couleurs qui nous accueillent. Ce sont de jolis regards qui s’adressent à nous. En plus de leurs mousselines, elles portent des masques sanitaires. « Sorry, you want exchange money but it’s close now, the bank open at 2 p.m !! » « - What do you have ? Thaï-baths ?
Bref…
Aujourd’hui, on est le 18 Mai 2009 et on est en Malaisie depuis 10h. À Kota Bharu exactement, nord-est de la partie péninsulaire.
La journée a commencé dans le train n°171 à destination de Sungai Golok, sud-est de la Thaïlande. Jérôme n’est pas vraiment en forme, mal dormi et nostalgique. Hier on était encore avec Tom, Qliang, Lucie et J.M sur Koh Tao. Moi, j’ai la tête qui bourdonne, je réfléchis trop et pour rien ! Il ne nous reste que deux mois avant le retour sur l’hexagone, je tente d’étirer les jours, il y a encore tant de choses à voir !
Ce sont les yeux vitreux que nous pénétrons dans le hall du service de l’immigration malaise. Ma première remarque est :
« Welcome, do you have flu-like symptoms such as fever ? »
Ahh c’est vrai, j’avais oublié ce virus H1N1. 36,4°. C’est bon, pas de quarantaine à l’horizon.
Sortis du bureau, nous errons un moment à la recherche d’un bureau de change, rien ! La station de bus, rien ! Bon…
Nous demandons à un petit papy. Il demande à droite, à gauche, il parait tout excité de sa mission.
Zut ! Pas un rond en poche, Jérôme est au bord de l’hypoglycémie. Petit Papy a l’air aussi déçu que nous, il réfléchit un moment…
- Yes.
- If you want I can exchange little for you, not more 500 baths.
- And what do you give me in Ringgits ?
- 50 RM, I think is good. »
Le taux est correct, il est juste gentil ce papy. Il nous demande où nous allons.
« Kota bharu ? You can wait the bus here, just near the corner… you see… Come on, I show you. »
Le bus ne tarde pas mais il est plein… Nous tentons quand même nôtre chance. Le chauffeur nous accueille avec un grand sourire, chouette il reste de la place dans l’allée, le sac fera un siège parfait ! Un jeune au fond me fait signe et me montre deux places, qui je suis sûre étaient pleines une minute avant. Tout le monde nous sourit et nous adresse un regard bienveillant. C’est le pays de la gentillesse non ici ?
Nous tchatchons un moment et quand nos rudiments d’anglais sont épuisés nous laissons nôtre regard planer sur la Malaisie qui s’ouvre à nous.
Les terres paraissent un peu plus humides, un peu plus verdoyantes, mais ce qui est vraiment différent ce sont les gens qui la peuplent, surtout les femmes ! En Asie, on appelle les musulmans des muslims, c’est peut-être juste la traduction anglaise. Mais en regardant ces femmes drapées de leurs voiles si légers, je n’ai qu’un mot à la bouche, « mousseline » !!!
J’ai toujours été intéressée par la condition des femmes dans les pays musulmans. Je suis allée au Maroc, j’ai lu des bouquins sur les femmes d’extrême-orient, d’afrique. Alors en arrivant dans ce pays, en arrivant dans cette ville qu’est Kota Bharu, je regarde les femmes et je suis stupéfaite ! Elles sont partout, elles ont envahi la ville. D’abords derrière les bureaux de l’immigration, maintenant derrière les caisses des magasins, derrière les bureaux de la HSBC, je vous dis partout ! Seules ou en bandes, partout !
Jérôme se moque de moi : « Mais non, ce n’est pas une histoire d’émancipation, c’est une histoire d’esclavage patate ! »
Je le redis, je vois des femmes actives et à tous les niveaux de la société. Les femmes malaises jouissent d’une plus grande liberté que beaucoup d’autres musulmanes.
Le guide en parlait : « des marchés hauts en couleurs ».
A peine avons-nous mis un pied dans ce grand bâtiment vert que nous sommes envoutés.
Ce sont d’abords les couleurs qui nous attirent, puis les odeurs, les sons.
Quel dommage que je n’ai plus de piles dans mon MP3... Enregistrer ces sons, ne jamais les oublier.
Une grande verrière éclaire le marché donnant aux légumes une couleur acidulée. Le chant des hirondelles qui résonne entre les blocs de ciment… Puis c’est au tour du muezzin de chanter son appel. Le frottement des mousselines, le crépitement des gamelles, le ronflement discret d’une vieille endormie sur son étal de légumes.
Et les odeurs… délicatement épicées, voluptueuses, ennivrantes. Envie de tout sentir, de tout goûter jusqu’à l’épuisement.
Nous avons fait tous les marchés de la ville, chacun son histoire, chacun son caractère. Nos jambes ne nous suivent plus, nôtre estomac non plus.
Couchés 2h, levés 5h ! Bravo les jeunes !! Et tout ça pour un train !
On aurait pu choisir le bus, moins cher et plus rapide pour rejoindre le fameux parc national de Teman Negara. Mais non, on a choisi de prendre un train qui part à 6h30 d’un bled même pas localisé sur la carte !
Nous sommes une douzaine à attendre que le guichet ouvre dont huit touristes, soit huit cons qui ont eu la même idée !
6h. Le guichetier ouvre la vitre.
« - Selamat pagi. Dua (deux) tickets for Jerantut please.
- Kuala Lipis.
- Oh sorry, I don’t speak Malais.
- (il rigole) No no no. The train stop at Kuala Lipis, it’s a city before Jerantut and after you can take a bus.
- Ahhhh ahhh… ??? Ok… then two tickets for Kuala Lipis. »
Je regarde le Lonely, effectivement des bus relient Kuala Lipis à Jeranthut. Je m’attarde sur les pages qui décrivent cette petite cité.
« Au confluent de la Lipis et de la Jelai, Kuala Lipis est une jolie bourgade imprégnée d’histoire coloniale. Le quartier chinois animé, avec de charmantes shophouses, constitue le centre ville. Plus au sud, dans les faubourgs vallonnés, se dressent les témoignages du passé. Centre d’extration de l’or, bien avant l’arrivée des britanniques en 1887, Kuala Lipis connut son âge d’or […] Aujourd’hui somnolente et plaisante […] »
Et il n’y a pas un petit hôtel histoire d’y passer quelques jours tant qu’on y est ??
On lutte, un œil se ferme puis l’autre… (sursaut) Non ! Tu ne dormiras pas, tu vas le regarder le paysage, c’est pour ça que tu préférais prendre le train ! Alors regarde !!!
Un oeil se ferme puis l’autre…
Les rayons du soleil tapent sur mon visage, il fait chaud; je sue, ça me réveille. Jérôme n’est plus à côté de moi. Je regarde par la fenêtre, le train est cerné par deux murs végétaux. C’était donc ça !! On l’appelle le « Jungle train » parce que les rails sont posés en pleine jungle. De la vraie de vrai ! Luxuriante, humide, impénétrable sauf pour nos deux petits wagons qui composent nôtre train.
Je retrouve Jérôme les pieds dans le vide, assis sur les marches entre les deux wagons. Il me montre les photos qu’il a prise. Ahhhh j’ai raté tout ça ! Il me rassure. « T’inquiètes, t’as dormis à peine une heure, il te reste 5h pour profiter du spectacle. »
Des pics calcaires émergent du tapis vert, tel des icebergs sortant de l’eau.
« - Combien tu penses ?
- Peut-être 200 mètres.
- Ouah ! »
Quelques cours d’eau boueux de temps en temps et surtout de la chlorophyle.
Environ 14 500 espèces différentes de végétaux forment cette forêt primaire âgée de 130 millions d’années et au passage, 140 espèces de serpents… en gros ils y sont tous pythons, cobras, vipères, serpents volants, de douces nuits paisibles sont en perspectives…
Les Malais sont vraiment des êtres adorables, ils ne ratent aucune occasion pour faire un brin de causette. Vérifier que nous sommes contents de visiter leur pays, que rien n’entrave à nôtre bonheur. Savoir d’où nous venons et où nous allons. Nous rassurer sur le choix de l’itinéraire et surtout nous mettre à l’aise. Nous montrer que nous sommes les bienvenus.
Le train est à l’heure. Sur le quai, le choix est évident, on reste ! Comment vouloir se presser dans un pays aussi charmant.
Nous trouvons facilement la Guest house tenu par le réputé guide Appu. Kuala Lipis n’est pas très grande. Située sous les arcades de la rue principale, l’emplacement de nôtre hotel est idéal.
Dans le petit hall défraichi, personne, on tousse, personne. Je visite les lieux, elle est vraiment pourrie cette guest mais pas chère !! Bon ?
Ehhh ohhhh il y a quelqu’un ??
Tout un tas d’affiches, d’informations sont accrochés aux murs, trop ! Ça fait mal à la tête ! Pas envie de me lancer là dedans, nous nous contentons juste des tarifs 20 RM soit 4 euros la chambre pourrie !!
Au fond de la pièce un aquarium, habité par un poisson rose qui ressemble à rien, il a un œil crevé, et, quand je m’approche, il attaque férocement la vitre… Ohh ohh du calme, t’emballes pas comme ça tu vas te faire mal !!
Cet endroit dégage quelque chose de curieux, pas malsain, juste curieux et j’aime assez.
On entend un ronflement, il y a bien quelqu’un, nous trouvons vite ses pieds, ils dépassent d’une des chambres. On va pas le réveiller quand même ??
Trop tard ! Le type sort, un indien, ouvre une porte, choppe un jeu de clefs, des draps, ressort, se dirige vers une chambre, se jette sur le lit, fait le lit alors qu’il est à moitié affalé dessus. On tente un « Hello », pas de réponse. Il passe à la deuxième puis à la troisième chambre. C’est là que je tombe sur ce panneau :
« This is a self-service guest house, so help yourself and take any empty room you like »
Ahhh ok, désolé on n’avait pas vu !
Bon la n°4 ça te va ? Il aurait pu dire bonjour quand même. (Nous venons de faire connaissance avec le réputé guide Appu)
Quand nous ressortons de la chambre soit 3 minutes après il n’est plus là.
Nous connaissons la ville par cœur en une après midi !! Et je crois aussi que toute la ville nous connait maintenant. Nous l’avons parcourue dans tous les sens possibles repassant jusqu’à cinq fois au même endroit !! C’est vrai qu’elle est mignonne, les arcades, les shophouses colorées, les vestiges de l’époque coloniale, les deux rivières… mais elle est petite, vraiment toute petite !
Nous nous sommes arrêtés une dizaine de fois pour un brin de causette avec un type assis là, un autre là-bas…
Une petite après-midi sympa !
Jérôme s’arrête, se met sur la pointe des pieds pour regarder derrière une porte battante.
« -Benh qu’est-ce-que tu fais ? Ça va pas la tête ?
- C’est un bar clandestin.
- Un bar clandestin ? Voyons. »
Je jette un œil. Deux hommes sont assis autour d’une table, une bière à la main. Au fond de la pièce sombre un panneau clignote « Carlsberg ». Ahh oui !
Le type nous voit et nous prie de rentrer, nous demande si nous voulons le menu en nous le montrant sur le mur.
6 lignes. 6 bières différentes.
Nous choisissons la moins chère et nous installons sur la table du fond. L’endroit est vraiment curieux, glauque, on adore, c’est le Far-West !!
Une moto se gare devant la porte. Est-ce Lucky Luke ou Clint Eastwood ?
Les portes claquent… Suspens… Un Chinois ! » Il nous salue et se joint à la table des deux autres Malais qui sont aussi des chinois, logique ! Il ne se passe pas deux minutes avant qu’ils engagent la conversation et nous demande de nous joindre à leur table.
Nous faisons la connaissance de Chaï, 37 ans qui est le boss, Hong, 64 ans qui ne parle pas anglais et de Lee, 64 ans également alias Clint Eastwood le riche.
Nôtre bière finie, on nous ressert, c’est un traquenard !! La conversation est vive et ininterrompue. Nous sommes vite à l’aise en leur compagnie. Chaï n’a qu’une chose en tête. Mélanie, une française, sa petite amie. Elle revient en juin, il compte sur nous pour lui apprendre le français. La bière a commencé à lui imbiber le cerveau, l’apprentissage est difficile mais nous comprenons vite qu’une seule phrase l’intéresse « Je t’aime beaucoup » il la répète toutes les cinq minutes sous les rires intarissables de ses deux compères.
Lee est plus curieux et maîtrise l’anglais à la perfection, les questions s’enchainent dans les deux sens. Très cultivé ce Clint Eastwood, nous parlons bien-sûr entre de la Malaisie, de ses coutumes… La France il s’en fout, il l’a connait.
La salle se remplit, chacun y va de son petit mot sympa. Encore une fois on est les bienvenus.
J’en profite pour demander à Lee pourquoi à son avis les Malais sont aussi chaleureux et accueillants. J’ai une petite idée mais je voudrais son point de vue.
« - Regarde dans ce bar, il y a des indiens, des chinois, des musulmans qui boivent de l’alcool, des français, des bouddhistes, des hindous, des chrétiens, des riches, des pauvres… C’est la Malaisie. On vit tous ensemble, on est tous pareils.
- Les gens s’enrichissent de leurs différences, ils n’en ont pas peur.
- C’est ça.
- Et il n’y a pas parfois des problèmes ?
- Non, les gens se respectent. »
Très intéressant ce pays.
Il est tard, déjà quatre heures que nous sommes entrés dans ce saloon. Nous remercions vivement nos hôtes. Chaï nous salue d’un : « Je t’aime beaucoup ! » et nous fait promettre de revenir demain. Nous avons bu au moins cinq grandes bières chacun et nous avons payé uniquement celle que nous avons commandé.
Sacrés Malais !
Devise du voyageur. Ne jamais faire de plans sur plus d’une journée !
Et c’est pendant ce temps d’hibernation que le drame arriva !
Nous étions censés être depuis trois jours dans le Teman Negara. Faute d’avoir pris le bon train, nous atterrissons dans une petite ville de campagne dépourvue de touristes. Nous projetons de rester deux jours et de partir ensuite vers le fameux parc qui se trouve à une heure de route et trois heures de bateau. On nous parle d’un marché nocturne à ne pas rater, alors on prolonge nôtre séjour ici d’une journée. Du coup, le vendredi 22 Mai, nous sommes toujours à Kuala Lipis. Ça tombe bien, je suis malade. Peut-être le repas de crabes gargantuesque d’hier soir en compagnie de Lee et Chaï. Peut-être un gros coup de fatigue. Bref, je passe 36 heures allongée dans nôtre chambre pourrie et je sors uniquement pour des questions d’alimentation.
Jérôme est parti faire une ballade que lui a conseillée Lee. À son retour, j’apprends la nouvelle. L’appareil photo a rendu son dernier soupir ! Il est décédé. Assassiné par la transpiration excessive mais journalière de Jérôme. Pour dire combien il fait chaud !
Voilà le pourquoi de nôtre présence dans ce bus pour Kuala Lumpur. Impossible d’aller au Teman Negara sans appareil photo. On a bien le caméscope mais les photos prises avec ne sont pas terribles. Et un voyage sans appareil photo c’est juste impossible !! Il nous en faut un nouveau et je sais exactement celui que je veux, un Lumix TZ7.
Kuala Lumpur est à 2H30 de bus, c’est pas la mort et pour un Lumix TZ7 à un prix défiant toute concurrence… Ça mérite bien un petit détour !
Nous arrivons à 14h30 quelque part dans Kuala Lumpur. Un panneau : « Titiwangsa ». Ok, nous nous sommes repérés. Maintenant trouver un moyen de gagner Chinatown où on trouve les hébergements les moins chers… Et les plus pourris !!! Le Skytrain est juste en face, parfait !
« Hello, we want to go to Chinatown. Can you help us ? »
Un jeu d’enfant tout ça, en trois quarts d’heure nous avons rejoint Chinatown, trouvé un hôtel pourri et pris une bonne douche !
Nous ne perdons pas de temps, une plâtrée de riz et direction Low yat plaza, le royaume de l’électronique.
C’est hallucinant, ce lieu est complètement barge !! Un centre commerciale de quatre étages entièrement dédié à la hifi, l’électronique et la téléphonie. Ça fourmille de consommateurs et après on parle de crise mondiale ??? Pas pour tout le monde visiblement !!!
Nous faisons les deux étages dédiés à l’image, nous adressons à toutes les boutiques pour arriver finalement à une fourchette de prix allant de 1599 RM (340 €), le prix de vente théorique à 1280 RM (270 €) si on paie en cash ! Sur le site internet Pixmania il est à 370 €. Belle affaire !
Plein les papattes !!
On était parti pour faire une journée tranquille, sachant que nous comptions y revenir… Et bien pour le coup c’est raté !
Nous avons commencé par une bonne ballade dans nôtre quartier, Chinatown qui porte bien son nom ! Les vieilles façades remplies de caractères chinois, de rouge, de jaune, du clinquant, en veux-tu en voilà ! Petit come back en arrière, mois d’octobre. Beijing… ses rues commerçantes, ses hutongs, ses calculatrices qui parlent, ses stands de contrefaçons… Peu de djellabas ici, la minijupe et le pantalon slim ont le monopôle. Peu de « mousselines », mais des petites têtes bien rondes et bien peignées !!
Nous arrivons au Central Market établi dans un vieux bâtiment art déco. Nous trainons une bonne heure, nous extasiant devant chaque boutique de Batik (peintures sur tissus réalisées à l’aide de cire). Entrons dans une boutique indienne pour sentir l’odeur délicate des objets en bois cachemiris, l’odeur enivrante d’un bâton de Chandan. Achetons au passage un paquet de thé PUER pour ma tante dans la boutique du petit chinois un peu plus loin. Jouons avec des marionnettes taillées dans du cuir. Admirons les couleurs et les dessins du vendeur de cerf-volant.
Nous finissons la matinée au resto du coin, à manger un thali (plat indien composé d’une galette de pain et de curry) en écoutant des chants arabiques et en se disant que c’est quand même très agréable de mélanger différentes cultures ainsi.
Bien calés, nous décidons de partir vers le quartier colonial. L’atmosphère est très différente, plus épurée, moins brouillonne, quelques touristes visitant les témoignages du passé, quelques voitures… Nous prenons quelques photos et repartons, pas assez de mouvement dans ce coin-là.
Little India, à quelques pâtés de maisons plus loin, les boutiques de bijoux en or, les échoppes de saris, les stands de rotis canaï…
Comme si nos jambes n’en avaient pas assez, nous enchainons !
Le quartier branché des bars, une rue de shophouses rénovées.
Le quartier du Golden Triangle, quartier des affaires où trônent les emblématiques Tours Pétronas (451,90 m pour 88 étages construites par le géant pétrolier malaisien Pétronas). Mise à part ses deux tours d’acier gigantesques, le quartier nous lasse vite, il ne se passe rien. Trottoirs vides, réverbères et gratte-ciels.
Nous nous décidons tout de même à rentrer. Nous sommes à l’autre bout de la ville, encore quelques kilomètres nous attendent. Journée bien remplie, le tour de la ville à pieds.
Voilà, nous y sommes ! Le 26 mai 2009 soit plus de 130 millions d’années après sa « naissance ». Nous sommes au Taman Negara national park.
Déjà, juste le nom appelle à la contemplation.
Pour y arriver nous avons pris un premier bus pour Jérantut dans le Pahang, un second pour Kuala Tembeling, à peine 18 kms plus loin où nous avons embarqué à bord d’une jolie pirogue pour parcourir les 60 kms restants avant d’entrer dans les 4343 km² que couvrent ce gigantesque parc national.
À l’arrivée, pas le temps de s’émerveiller, il faut trouver un logement avant que l’orage nous trouve !!! Pas si facile… c’est qu’on devient difficile !!! Les critères sont : pas cher, propre et surtout sans risque de se retrouver nez à nez avec un serpent sous la douche. Persévérants, nous avons trouvé. A peine trois chambres pour cette petite guest house à l’extérieur du village. L’impression d’être chez l’habitant.
A peine installés, l’orage éclate !! Aahhh les orages tropicaux… on s’en souviendra pendant longtemps !!!
Un coup de tonnerre, les murs se mettent à trembler, silence, un deuxième coup de tonnerre, les murs se mettent à trembler, quelques gouttes énormes tombent sur les tôles de nôtre guest, silence, tonnerre et c’est parti !! On ne s’entend plus sous ce vacarme, comme si on avait déplacé la bâtisse et installé sous une cascade ! Et ça peut durer des heures !!
C’est donc sous la pluie, je veux dire sous des trombes d’eau que nous partons à la recherche d’un endroit où manger. Ici, à Kuala Tahan, pas d’éclairage public, c’est à l’aide de nôtre frontale que nous arrivons après une petite demie-heure de douche revigorante au Family restaurant, installé dans une petite cabane flottante sur la rivière.
Tout excités à l’idée de manger une nouvelle fois un fabuleux curry malais, nous parcourons la carte à vive allure. Chiken burger, beef burger, french fries… mais non !!!! Pourquoi ?? Je ne veux pas manger occidental !! Ahhhh une ligne : Kebaru (plat local). Muhhh le bon curry qui nous attend !! Nous commandons également deux riz blanc et une bouteilles d’eau.
Quand nos plats arrivent nous nous retrouvons en face d’une salade chaude de végétaux non identifiés. C’est le Kebaru. Et oui, forcément, local veut dire local, nous sommes dans la jungle, on nous fait bouffer des racines et des feuilles !!
Personnellement, je trouve ça plutôt bon même si je sais que ça ne va pas remplir mon ventre affamé. Mais pour Jérôme, c’est juste le cauchemar !!! Ceux qui l’ont eu à leur table, comprendront !
La journée, s’annonce difficile pour moi, il est 9h ! Alors que Jérôme est tout excité à l’idée de s’enfoncer dans ce milieu hostile qu’est le Taman Negara, moi, dès les premier pas c’est l’angoisse !!
Il m’avait pourtant semblé avoir lu que les sentiers étaient larges et bien balisés. M’aurait on menti ?
Il va falloir prendre sur soi et dépasser ses limites !! Je vais pas me laisser emmerder par une « p….. » de phobie et ne pas profiter de ce lieu fabuleux !! Mes yeux ont pourtant du mal à s’échapper de mes pieds et à aller se perdre parmi les arbres géants qui m’entourent. Mon remède est ne surtout pas penser, me contenter de suivre la masse devant moi, Jérôme et avancer. Jérôme devient rapidement, au bout d’une demie heure, ma tête, mon cerveau, mes yeux. Il ne me reste que mes oreilles qui à chaque bruissement de feuilles ramènent en moi, mes instincts protecteurs. Je sursaute, crie avant de m’apercevoir que l’auteur de ces bruits n’est pas un serpent mais un gros lézard, un petit singe, un oiseau ou même un insecte…
Petit à petit je commence à me détendre, trop fatiguant de marcher avec un balai dans le cul !!! Et commence à apprécier ce qui m’entoure, les dessins des racines au sol, la texture des mousses, la diversité des fougères, les couleurs et les formes originales des champignons, les insectes qui pullulent partout… ( d’autres photos sont dans l’album )
Après une heure de marche en terrain hostile nous arrivons à nôtre premier objectif, la Canopy walkway. Une passerelle de 400 m de long traversant la canopée, à environ 30 mètres au dessus du sol. On voit rarement le sol tellement c’est dense mais nous pouvons observer de près les géants verts autour de nous possédant tous des noms à coucher dehors tel, Mersawa, Keruing, Keladan… Quelques épiphytes et plantes parasitaires s’agrippent aux énormes troncs. Des oiseaux et le bruit des singes se jetant d’arbre en arbre mais dont nous avons eu juste la chance d’entendre.
A mon plus grand désespoir, il faut redescendre et retourner à nos sentiers boueux et envahis de végétation.
Le prochain objectif est Bukit Indah, un point de vue qui culmine à 563 m, d’où on devrait avoir une jolie vue sur la jungle et les rapides de Sungai Tembeling. Le chemin est dès le début merdique !! Tout en priant Jérôme de changer nos plans et de partir vers un lieu plus fréquenté, j’ai à la fois la folle envie d’y aller et de surmonter ma peur !! Je le suis donc en râlant, lui disant qu’il est fou, que si nous rencontrons personne depuis une demie heure c’est bien pour une raison, que la pluie a rendu le sentier impraticable. Au début, je râle pour râler, mes remarques ne sont pas forcément justifié mais plus on avance, plus le sentier diminue jusqu’à disparaitre nous demandant si nous sommes bien sur la bonne route. Nous arrivons à un cours d’eau, des cordes sont accrochées de chaque côté pour nous aider à le traverser, nous sommes sur la bonne route c’est déjà ça ! Le sol devient très glissant, boueux, couvert de feuilles mortes. Des arbres sont couchés en travers, des toiles et des araignées énormes nous obligent parfois à contourner le sentier. Et je commet l’erreur de me mettre à penser aux pythons de 10 mètres, aux serpents volants qui peuplent ce lieu. Je craque une première fois, je ne me maîtrise plus ! Jérôme me propose de faire demi-tour, je refuse, je me reprend. Nous arrivons a un deuxième cours d’eau, de l’autre côté le sentier empire et m’obligerait à poser les mains au sol parmis les feuillages, ça en est trop ! Je craque une deuxième fois, ma phobie a pris le dessus ! Jérôme me dit qu’il est déjà très fier de moi, qu’il sait que je me suis surpassée. Moi, je me déteste, je suis vraiment déçue ! J’en ai même pas vue !
Nous faisons demi tour, il me propose de rentrer à l’hôtel, je refuse. Il y a un autre point de vue, Bukit Teresik à 344m, il est plus proche de l’entrée du parc, il sera surement plus fréquenté et plus entretenu.
Dans un endroit dégagé, il me propose de faire une pose pour reprendre mes esprits et c’est là que nous faisons la connaissance des « Lyches » ou « vampires de la jungle » !! Nous avons les pieds et les chevilles remplis de ces saloperies. Des sangsues ! Certaines sont au travail depuis longtemps, bien dodues, bien gorgées de sang !! Des combattantes !! Même pas peur, elles traversent tout sur leur passage, chaussures, chaussettes !!! Nous les cramons une à une à l’aide de nôtre cigarette, la seule manière de décrocher ces saloperies. Nous regardons le sol, il y en a partout !! Elles courent en nôtre direction, comme si on avait un panneau clignotant avec écrit dessus « FAST-FOOD ». Allez, on détale !!
En fait, on s’aperçoit qu’il y en a vraiment partout, dès qu’on s’arrête on les voit s’étirer et faire du jumping en nôtre direction !! Ça m’amuse beaucoup, je m’arrête, et avant qu’elles aient eues le temps de me sauter dessus je dédale !! J’en oublie presque l’obsession injustifiée que je fais sur les serpents.
Nous retrouvons les sentiers plus entretenus, commençons à croiser de temps en temps du monde, je me sens beaucoup mieux. Nous croisons même un joli paon sauvage, énorme ! On passe une demie heure à tenter de le prendre en photo mais l’air est saturé d’humidité, toutes les photos sont flous !
Après deux heures de grimpette nous arrivons en nage à Bukit Teresik, la vue est splendide ! L’endroit est dégagé, c’est un délice de regarder ces tapis de verdure à perte de vue ! Je suis heureuse ! Je suis heureuse parce que je suis là, j’ai la chance de pouvoir admirer ce spectacle, de voir la nature comme elle devrait être à bien des endroits !!
Quand nous rentrons, il est 17h30, nous sommes trempes, boueux des pieds à la tête et lessivés !
Nous enlevons nos chaussures et nos chaussettes couvertes d’un mélange de boue et de sang. Quand j’enlève mon débardeur je remarque une tâche de sang mêlé à la transpiration , je regarde mon ventre il est ensanglanté !
J’ai été victime d’une sangsue tigre, les pires, elles se cachent dans les feuilles et quand tu passes, elles te sautent dessus, se faufilent sous tes vêtements et te sucent pendant des heures !!
Nous avons quitté le trou du cul du monde !! Cet endroit humide et très boueux rempli de petites bêtes et qui pour ma part ne sentait vraiment pas bon !! Je me sens obligée de préciser que je ne parle pas de mon postérieur, même si parfois, on peut l’avouer, il a manqué d’hygiène durant ce voyage… Mais il n’est pas encore rempli de petites bêtes !! Non non, je parle bien de ce parc, de cet endroit rare, qu’il est agréable d’apprécier mais de loin ! C’est pourquoi, hier, j’ai lâchement abandonné mon homme ! Rebel et têtu, il ne voulait pas rester sur l’échec de la veille. Je lui ai demandé une ennième fois s’il voulait écrire quelque chose sur le site au sujet de cette journée. Il m’a demandé de transmettre alors je transmets : « C’était bien ! » Après avoir enchainé deux bus « grand-mère » et subit une crevaison, sur la nationale 3. Il pleut. (La Malaisie est à l’Asie ce que la Bretagne est à la France…) Il nous manque un petit kilomètre avant d’arriver à Cherating, ce petit village qu’on a repéré sur la carte. On a choisi le plus petit, à la recherche d’authenticité et de tranquillité. J’imagine déjà les bateaux rentrant au port, les mousselines attendant sur le pont entourées de leurs marmots excités à l’idée de retrouver leur père… les longues ballades… nos pieds tout doux polis par le sable… la mer... Nous avons hésité longuement, des îles paradisiaques bordent les côtes malaises mais peut-être trop touristiques… Aujourd’hui nous avons envie de nous isoler, de garder égoïstement la Malaisie pour nous… C’est donc couverts de bâches plastiques que nous arrivons dans ce petit village côtier. Cette fois, pas question de faire les difficiles, nous nous jetons dans la première guesthouse. Chanceux, elle est vraiment pas chère. Très chanceux, nous disposons d’un petit bungalow en bois en bordure de rivière, sommaire mais confortable, de quoi passer trois petits jours agréable. Comme quoi dès qu’on s’éloigne des circuits touristiques… Nous profitons d’une éclaircie pour partir à la découverte du village. Plus on se rapproche de l’endroit où est censé être le village plus on comprend où on a mis les pieds ! J’ai beau chercher, pas de maison sur pilotis, pas de port, pas de femmes sur le pont, pas de village mais une station balnéaire. Nous sommes en pleine période de vacances scolaires, de belles berlines ont envahi la route bordant la plage. Les restaurants et les magasins se suivent sur le trottoir. Et cerise sur le gâteau, ce week-end à Cherating a lieu un rassemblement de hard rock ! Des sons gutturaux s’échappent du resort accueillant l’événement, je suis désolée Ben, je n’arrive toujours pas à apprécier cette musique. Pas de chance, je peux oublier ma retraite spirituelle, même le club med s'est installé à Cherating !!! La mer est basse, des gosses s’amusent des quelques vagues d’écumes, des femmes se font prier pour rentrer dans l’eau. Tous habillés, un concours géant de tee-shirts mouillés. Les vacanciers n’ont pas l’air de s’affoler de la saleté de la plage, c’est un carnage !! Canettes, plastiques, chaises, flotteurs de pêche ont envahi la plage. En Thaïlande, j’avais pris l’habitude de ramasser les quelques saloperies autour de ma serviette, ici, il faudrait y aller à la benne !!! Nous passons un moment à regarder les gens. Certains pique-niquent sur la plage, d’autres jouent au badminton les pieds dans l’eau. Quelques-uns sont juste assis sur la plage comme nous et discutent les yeux perdus sur l’horizon. Comme quoi le bonheur se résume à peu de chose, être entouré des gens qu’on aime, partager un moment en se rapprochant du peu de nature qu’il nous reste… C’est pourquoi je ne dirais pas que nôtre séjour à Cherating a été désagréable mais c’est sûrement pas ce que j’en attendais. J’y ai compris une chose, le plus beau des voyages est celui que l’on effectue tous les jours entouré des gens qu’on aime. Comme dirait Nicolas Bouvier « Nous ne faisons pas un voyage, c’est le voyage qui nous fait »
Et le bus était express… Ou plutôt : « Exprès pour te faire chier !!! » Sept heures pour faire 250 kms soit 35-40 kms/heure, jolie moyenne pour un express. C’est donc à 22h que nous arrivons à la gare routière de Malacca à 5 kms au nord de la ville. Nous ne sommes pas seuls, les vacanciers malaisiens sont là. Après avoir traversé cette gare bondée de monde, embarqué à bord du city bus et traversé la ville, nous arrivons dans Chinatown, où l’on trouve toujours des hébergements bon marché. Nous sommes tombés cette fois- ci sur une guest des plus atypiques. Le hall est une merveille. Ancien bâtiment colonial, parquet ciré en noyer, moulures dorées sur fond noir, porte merveilleusement bien sculptée, mobilier en rotin… On s’y croirait presque s’il n’y avait pas le boss affalé dessus en train de bécoter sa philippine. Il parait heureux de nous accueillir, il est amoureux le coquin ! Malheureusement les piaules ne sont pas à l’image de cette fabuleuse entrée… Nous héritons d’un cagibis sans fenêtre, habité par un ventilateur asthmatiphorme !! Pour la modique somme de 28 ringgits ( 6 euros), ce qui est assez cher pour cette gamme d’hébergement, demain on bouge !
Quoique un peu trop touristique, Malacca est une cité fascinante. En témoigne, cette affluence de familles malaises profitant de leurs vacances pour venir donner un cour d’histoire à leurs marmots tout en se délectant de la très convoitée cuisine Baba-Nonya, née de la mixité ethnique de la ville. Tournée vers la mer (d’où le nom du détroit de Malacca), à l’embouchure de la Selat Melaka, Malacca occupait jadis une position stratégique convoitée par les conquérants européens. Au XV siècle, Malacca était le plus grand port marchant d’Asie du Sud-Est. Classée au patrimoine mondial de l’Unesco, Malacca est aujourd’hui l’image de marque de la Malaisie. N’en déplaise aux visiteurs que nous sommes, charmés par l’harmonie évidente de ce brassage multiculturel. Nous passons ces quatre journées à nous balader, des ruelles étroites bordées de shophouses du quartier chinois au quartier coloré de Little India, des vestiges de l’époque coloniale hollandaise aux ruines portuguaises, des mosquée islamiques aux très anciens temples bouddhistes, taoistes ou hindous. Bercés par une multitude de sons, de l’appel à la prière qui s’échappe du minaret aux psalmodies envoûtantes des pujas hindous, de la cacophonie des chauffeurs de cyclopousses tunés aux murmures qui s’échappent des arrières boutiques.
1. Giorgio Le 05/06/2009 à 12:48
2. Mam Giorgio Le 07/06/2009 à 15:40
3. PATOU Le 09/06/2009 à 18:25
4. fonfec Le 23/06/2009 à 10:16
5. Cathy Verlhac Le 30/06/2009 à 00:09
6. aurelie Le 04/07/2009 à 12:51
7. ben Le 08/07/2009 à 12:50
8. nicole jamain Le 13/08/2009 à 00:18