Siem Reap, les retrouvailles
C’est à Siem Reap, dans le nord du mystérieux royaume du Cambodge et à deux pas des légendaire temples d’Angkor, que j’ai retrouvé nos deux Asia trotters, tapis dans une chambre triple, en rez-de-chaussée de la Memory Guest House. C’est étrange d’entrer aussi instantanément dans leur univers, comme dans un film : Jérôme avec sa barbe de Ben Laden, Céline à fond dans la pratique de ses abdos matinaux, sirotant des cafés lyophilisés dans des pots de yaourt, scotchés devant TV 5. Nous avons fêté nos retrouvailles dans une petite gargote près du Psar Chaa, le vieux marché, autour de plats de Chicken Amok et de canettes d’Angkor Beer. Huit mois de vies éloignées de 10 000 km, ça en fait des choses à se raconter...
C’est dingue le nombre d’hôtels, de spas, de bars et de restaurants de standing que compte cette ville, il doit y en avoir plus que de temples à Angkor ! On sent bien que le tourisme est la principale ressource de Siem Reap, on y voit autant d’étrangers que de locaux. Les immeubles de béton peint aux couleurs Disney qui poussent comme des champignons feraient presque oublier le caractère idyllique du centre-ville avec ses anciennes maisons de négoce française, les boulevards arborés et la rivière paresseuse.
Scène vécue plusieurs dizaines de fois par jour à Siem Reap :
- You need a tuk tuk, sir ?
- No, thank you, do you think my legs aren't strong enough ???
Ah... Ces chauffeurs de tuk tuk, que serait l’Asie sans eux ? Ici, ils hèlent nonchalamment les touristes, sans grande conviction, quand ils ne roupillent pas allègrement dans leur engin bringuebalant mais confortable, stationné n’importe comment dans les rues poussiéreuses.
Bar street, comme son nom l’indique, c’est la rue des bars, le repère des touristes. On y passe nos soirées, vautrés aux terrasses du Banana Leaf ou du Cambodian BBQ. Il ne faut surtout pas louper la happy hour, quand les bières sont à 50 centimes de dollar. Oui, ici on paye en dollars et on rend la monnaie en riels, malins ces cambodgiens, ça demande une sacrée gymnastique intellectuelle pour ne pas se faire avoir.
Et la nuit, ce ne sont plus tellement les chauffeurs de tuk tuk, mais les rabatteurs et rabatteuses en tout genre entre lesquels il faut se frayer un chemin : « Look at my menu ! Need a massage ? You want to get stone ?... »
Trois jours à Angkor
Les frangins Sayous n’hésitent pas une seule seconde à s’offrir un pass de 3 jours d’accès au site d’Angkor, pour la modique somme de 40$. C’est horriblement cher, mais cela ne vaut-il pas la peine quand il s’agit d’exaucer un vieux rêve de gamins ? Le beauf Huet sent bien qu’une journée lui suffira amplement pour arpenter les tas de pierres. Il s’en tient donc à celle que l’on choisit de consacrer d’abord au cœur du site.
Première journée en vélo : Angkor Vat, le Bayon à Angkor Thom et le Ta Prohm
Pour cette première journée, explorateurs motivés que nous sommes, nous enfourchons 3 vélos pouraves loués 2 $ les 24h près de notre guest house. Et nous voilà lancés, débordant d‘entrain, sur les routes poussiéreuses qui longent la rivière, puis s’enfoncent dans la jungle pour nous conduire à Angkor Vat, situé à 8 km de Siem Reap. Le Lonely Planet décrit un petit circuit de 17 km et un grand circuit de 26 km. Ambitieux, on décide de parcourir le grand. Mais c’était sans tenir compte de la chaleur, de la poussière, et surtout d’une très mauvaise évaluation des distances… A la fin de la journée, on est exténués par la visite des 3 temples principaux (voir les encadrés ci-après) au lieu de la vingtaine que compte le grand circuit. Acharné (qui s’en étonnera ?), je laisse rentrer Céline et Jérôme et rebrousse chemin, pédalant comme un malade pour pouvoir admirer le coucher du soleil sur Angkor Vat. Mais ce traître de vélo déraille au crépuscule, et me voilà tout dégoulinant en train de chercher des outils et des mains pour m’aider à réparer l’engin à la tombée de la nuit. Le soleil est couché, je rentre penaud. Promis : demain, ce sera tuk tuk !
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Zoom sur les temples d’Angkor Précieux héritage de l’Empire khmer, les temples d’Angkor font la fierté des Cambodgiens, mondialement reconnus pour la fusion parfaite de l’ambition créatrice et de la dévotion spirituelle qu’ils incarnent. Les dieux-rois de jadis ont chacun tenté de surpasser leurs prédécesseurs par l’édification de sanctuaires de taille, d’envergure et de symétrie inégalée, tel Angkor Vat, le plus grand édifice religieux de la planète. Les centaines de temples qui subsistent ne constituent que la partie khmer, une cité qui comptait à son apogée 1 million d’habitants, alors que Londres n’en dénombrait que 50 000. Les maisons, les bâtiments publics et les palais, construits en bois, ont disparu depuis longtemps ; la brique et la pierre étaient réservés aux édifices sacrés. Le règne de Suryavarman II et la construction d’Angkor Vat sont considérés comme l’un des pics de la civilisation khmère. On explique le déclin de cette dernière par la surexploitation du système d’irrigation formidable qu’elle avait construit, mais aussi par l’endettement du royaume suite à la construction d’Angkor Vat.
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Angkor Vat Le plus grand et le mieux conservé, car n’ayant jamais été laissé à l’abandon, Angkor Vat est généralement considéré comme le plus vaste édifice religieux du monde. Il fut probablement construit comme temple funéraire de Suryavaram II (1112 – 1152) en l’honneur de Vishnou, la divinité hindoue à laquelle le souverain s’identifiait. Angkor Vat est célèbre dans le monde entier et ses tours ornent le drapeau du Cambodge. Le lever et le coucher du soleil y sont des événements très prisés qui attirent chaque jour des nuées de visiteurs, qu’ils soient étrangers ou locaux.
Angkor Thom et le Bayon La cité fortifiée d’Angkor Thom (grand Angkor ou grande cité) s’étend sur 10 km². Elle fut construite par le plus grand souverain d’Angkor, Jayavarman VII (1181 – 1219). Edifiée autour du Bayon, la cité est entourée d’un jayagiri (rempart carré) haut de 8m et long de 12 km, lui-même ceinturé d’un jayasindhu (douve) de 100 m de largeur, qui aurait été peuplé de crocodiles. Il s’agit d’une représentation monumentale du Mont Meru entouré par les océans. Le Bayon incarne le génie créatif et l’égo hypertrophié du roi légendaire de l’Empire khmer. Lorsqu’on parcourt ses couloirs sombres et grimpe ses escaliers abrupts, on a l’impression étrange d’être suivi du regard par les 216 visages de géants qui ornent ses tours. Leur sourire est aussi énigmatique que la Joconde, et dès qu’on lève la tête, ils semblent subitement redevenir immobiles. Et ils jouent ce petit jeu depuis un millénaire ! Selon les historiens, l’Empire khmer était divisé en 54 provinces lors de la construction du Bayon ; ainsi les multiples yeux d’Avalokiteshvara (ou de Jayavaraman VII) veillaient sur les sujets jusqu’aux confins du royaume.
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Le Ta Prohm Le Ta Prohm a été construit sur le modèle du Bayon (en témoignent notamment les visages) à la fin du XII° siècle, par Jayavarman VII comme monastère et université bouddhique. Ce tas de pierres d’un gris bleuté a été abandonné à la jungle, ses tours et ses murs croulants ne semblent tenir que grâce à l’entrelacs des racines des arbres gigantesques qui l’écrasent, telles de gros boas affamés et dégoulinants. Le gopura (pavillon d’entrée) est étranglé par une racine particulièrement spectaculaire, surnommée l’arbre crocodile. L’excitation que l’on ressent à découvrir ce sanctuaire fabuleux, sautillant de pierre en pierre tel Indiana Jones, est renforcée par l’oppression due à l’éventuelle chute de l’un des gros bloc de pierre qui se balancent dangereusement au dessus de nos têtes. Il semblerait que des scènes des films Tomb Raider et Deux Frères aient été tournées dans les ruines du Ta Prohm. |
Seconde journée en tuk tuk : Banteay Srei, Kbal Spean, Banteay Samré, Phnom Bok
Pour aller découvrir les temples reculés situés au nord du site, rien de tel que de louer un tuk tuk à la journée. Jérôme ayant largement eu sa dose la veille, nous partons donc tous les deux avec un quinquagénaire intrépide et souriant, que je surnommerai ici 2101 (le numéro que portait son gilet dans le dos), ayant oublié son prénom.
Il nous dépose d’abord au Banteay Srei, à une trentaine de kilomètres au nord de Siem Reap, pour une visite flash éclair du « lady temple », un temple hindou dédié à Shiva. Taillé dans une pierre rosée qui ne s’est pas altérée au fil du temps, il est sublime sous la lumière matinale, idéale pour apprécier toute la finesse des bas-reliefs représentant des femmes tenant des lotus, des scènes du Ramayana, des motifs floraux…
18 km un peu plus au nord, notre chauffeur de tuk tuk nous mène ensuite à Kbal Spean, la rivière aux mille lingas, que l’on découvre après une marche éprouvante dans la jungle. Des lingas (phallus) et des représentations de divinités hindoues ont été sculptés dans les rochers taillés dans le cours d’eau. Après cette longue marche, rien de tel qu’une petite baignade dans la cascade pour se rafraîchir et observer les magnifiques papillons.
Après avoir flâné quelques temps au cœur du Banteay Samré, que notre chauffeur nous a assuré être le Phnom Bok, ce que nous n’avons pas cru, nous avons dû insister sévère pour qu’il nous conduise à ce dernier, situé au sommet d’une colline de 212 m. Arrivés au pied de la colline : personne, même pas un véhicule ou un check point comme aux autres temples. Le Sayous est têtu, et là c’est doublement vrai. On décide donc de gravir coûte que coûte un escalier interminable dont la montée fastidieuse gâcherait presque le plaisir de la pause clope que l’on s’offre pour se féliciter d’avoir réussi l’épreuve. Un militaire nous accueille avec joie, on ne comprend pas ce qu’il dit, mais on le suit. Il s’amuse de notre émerveillement lorsque nous découvrons les deux tours en ruine sur lesquelles poussent deux frangipaniers et la vue imprenable sur la plaine d’Angkor au crépuscule. Quel bonheur de vivre cette expérience onirique avec la frangine !
PHOTOS DE LA DEUXIEME JOURNEE : A VENIR
Troisième journée en vélo : le groupe de Roluos (Preah Ko, Bakong), puis en tuk tuk : le Phnom Krom
Le périple de la veille n’ayant pas eu raison de nos papattes courageuses, nous décidons de louer à nouveau des vélos pour rejoindre le groupe de temples de Roluos, à 13 km à l’est de Siem Reap, sur la nationale 6 qui mène à Phnom Penh. Sûrs de mon sens de l’orientation qui m’a rarement trahi, nous nous engageons le long de cette voie rapide bien vide… et qui s’arrête au milieu de nulle part ! Heureusement qu’il y a ce petit vendeur ambulant (mais que fait-il ici ??? il n’y a personne !) pour nous faire comprendre, en baragouinant quelques mots d’anglais, qu’on s’est royalement plantés et que ce chemin cahoteux nous aidera à rejoindre la fameuse nationale 6. Et quelle nationale ! Tous les moyens de transport possibles et imaginables y filent à toute berzingue et il s’en est fallu de peu pour qu’on ne finisse pas dans un fossé putride. Tout ça pour arriver à un temple assez banal, le Preah Ko, après toutes les merveilles qu’on a vues ces deux derniers jours, et se rendre compte que finalement, les pierres, ça va un moment…
Après avoir gravi l’impressionnant Bakong, une grande pyramide de grès à cinq niveaux qui constituait le temple principal de la cité de Roluos et symbolisait le Mont Meru, on décide de couper à travers champs pour rejoindre Siem Reap. La campagne est vraiment authentique ici, les chemins de terre qui serpentent dans cette plaine fertile sont magnifiques, et les gamins nous braillent des « hello ! what’s your name ! » dès qu’on passe devant leur maison.
De retour à Siem Reap, on croise notre chauffeur de la veille qui nous conduit au Phnom Krom, situé sur une petite colline dominant le lac Tonlé Sap, pour admirer le coucher de soleil. Le vélo, c’est vraiment plus possible. Et on a bien fait, car la route au milieu des marais couverts de lotus était, encore une fois, bien plus longue qu’on ne le croyait ! En gravissant la colline, on tombe sur deux petits vieux adorables avec qui on papote un moment, en baragouinant quelques mots de khmer. Au sommet, c’est un moine qui vient nous taper la causette et parfaire sa connaissance de la langue française, qu’il avait apprise dans son jeune âge.
PHOTOS DE LA TROISIEME JOURNEE : A VENIR
Pour conclure, je ne dirai que deux mots à propos des temples d'Angkor : absolument fabuleux ! Que ce soit en tuk tuk, à pieds ou en vélo, c'est un émerveillement de chaque instant que de découvrir ces tas de pierres improbables au beau milieu de cette jungle luxuriante. Bien sûr, c'est une sacrée usine à touristes et on comprend difficilement comment il peut y avoir autant de misère ici, avec ce que ça doit rapporter... Mais bon, si on commence à raisonner comme ça, c'est la déprime assurée, alors continuons à nous émerveiller.
1. MAMOUN Le 28/05/2009 à 02:12
2. Cathy Verlhac Le 30/06/2009 à 00:00