Nous reprenons la route, un mois et demi est déjà passé. Mon dieu, que le temps passe vite en voyage !!
Nous quittons le pays de Gengis Khan et partons à la découverte de l’Empire du milieu, pays aux milles saveurs, pays de la démesure ! Pays des droits de l’homme… hum… hum…
Nous laissons derrière nous, la chaleur du peuple mongol et sa gastronomie que Jérôme affectionne tant !! Devant nous, des mets plus exotiques, serpents, chiens, tortues, scorpions, criquets… Humm !! La Chine promet d’être riche en passages aux toilettes !!!
Dans nos têtes, de nouvelles interrogations. Qu’allons nous trouver là bas ? Le passage de la flamme Olympique à Paris va-t-il nous causer du tort ? Allons nous devoir répondre à des questions embarrassantes ? Et, le Tibet ? Allons nous réussir à le traverser par la route ??? Une nouvelle fois, une petite appréhension nous envahit et fait de nous des hommes fragiles, vulnérables, de petits chats dans la mer… voilà ce que nous sommes !
8h. A bord du transmongolien.
Le train est à l’heure, c’est repartit ! Une nouvelle fois en deuxième classe, passage de frontière oblige !!! Nous sommes dans la voiture 12. Nôtre ami Don Carlos, rencontré à la Guest house d’Oulan Bator, est dans la voiture 11. C’est bien nous ne sommes pas loin . Le train est très luxueux, petite télé personnelle qui ne marche pas… belles couvertures bien épaisses, chauffage, petits rideaux brodés, tongs, boissons chaudes à disposition, grand confort !!! Et pour couronner le tout, le wagon est en majorité français !! Une joyeuse bande de retraités français a envahi la voiture !!! Ça piaille le gaulois en tous sens !!! Les femmes cherchent de la place pour les bagages, s’occupent des détails techniques, les hommes enchaînent les blagues à la française, ne ratent pas de remarquer le présence de brésiliennes à bords… Des gaulois, des vrais de vrai !!! J’adore !!
Nous récoltons bien évidemment toute l’attention de cette joyeuse équipe. Nous ne sommes plus de petits chats perdus dans la mer, nous avons retrouvé une meute qui nous accueille et nous cajole.
Chacun leur tour, ils se présentent à nôtre compartiment afin de nous offrir un petit quelque chose. Nôtre sac rempli de deux paquets de nouilles déshydratées, d’une bouteille d’eau… s’enrichit peu à peu. Se met à gonfler au point de ne plus arriver à le fermer. Pommes, barres de céréales made in décathlon, bouteilles d’eau, paille d’Or au citron… nous voilà blindés pour plusieurs jours !!! Ils sont vraiment adorables ces vieux français !!!!
Le passage de la frontière, se fait sans problème. Il faut juste changer les essieux du train, les rails n’ayant pas le même écartement. On soulève notre wagon de 2 mètres, à l’aide de vérins hydrauliques...et c’est parti pour la mécanique !!! Les hommes, de leurs gros bras, déboulonnent, reboulonnent, c’est que ça fait peur tout ça !!! Et nous, on doit rester dedans … pendant toute la durée de la manœuvre!!! Les portes sont fermées à clefs, les toilettes aussi !!! Durée de la manœuvre ?
3 heures !!! Oui c’est long, très long, interminable, un tunnel sans lumière, un calvaire !!! Surtout à une heure si tardive, nous ne nous coucherons pas avant 1 heure du mat !!! Bien tard, pour de jeunes voyageurs épuisés !!
Beijing, Beijing… Ohhhh Beijing !!! Quelle folie, quelle propreté, ton ciel est bleu !!! Ton slogan, « un monde, un rêve » à chaque coin de rue, sur tes poubelles, sur tes tours gigantesques, sur tes beaux et nouveaux taxis… Tu voulais montrer ta grandeur, ton charisme c’est chose faite. Tu as sorti ton chéquier, tu en es récompensée !!
Tes jeux ne sont pas finis, on les sent vibrer dans ton cœur !!! Quelle ferveur !!!
Nous avons faim !!! Il est temps de s’essayer à la bouffe chinoise !!!! Délicieuse mais crasseuse !!!!! La femme nous a guettés, elle nous crie dessus, nous prie de venir dans son restaurant !! Elle nous a alpagués !! Nous rentrons et nous nous asseyons sous ses ordres… Heureusement la carte comporte des photos, ça aide mais ça ne rassure pas vraiment !! Le choix reste simple, la spécialité de Pékin, le canard laqué !!! Alors allons y !! Délicieux, sublime… et cette petite sauce un régal !!!! Un canard pour deux avec du riz, Jérôme est aux anges, moi aussi !!!
Nous n’en pouvons plus, nous sommes repus !! Nos camarades aussi !! Première expérience plutôt sympathique !! On reviendra !!!
Elle a bien compris qu’on allait revenir, la coquine !!! Le soir même, elle nous fait son grand déballage, et vient par là, et cette table est mieux, et un sourire par là, et une théière pour mes amis… Nous sommes traités comme des rois !!! Mais au moment de l’addition, la note est bien gonflée, Jérôme ayant une calculette greffée dans la tête, ne se laisse pas avoir !!! S’ensuit une longue négociation !!! Elle essaie une multitude de stratagèmes afin de nous soutirer quelques yuans de plus, la négociation tourne au jeu et bien sûr chacun veut gagner la partie !!! Game over pour elle !! Nous avons raison, elle a tort !! Nous payons le prix normal !!
La cité interdite.
Aujour d’hui nous nous attaquons au Palais impérial appelé jadis la "Cité interdite pourpre". Pour faire un peu d’histoire et de culture, la couleur "pourpre", symboliquement attribuée à l'étoile polaire, signifie qu'elle était un centre cosmique.
S’étendant sur plus de 72 hectares, le Palais impérial (Gugong) construit sous les ordres de l'empereur Yongle, fût édifié entre 1407 et 1420. Les empereurs Ming et Qing s'y succédèrent jusqu'en 1924, date à laquelle Puyi, dernier empereur Qing, abandonna définitivement ses appartements. ( à noter, l’excellent film de Bernardo Bertolucci, Le dernier Empereur, en 1987.)
Les tuiles des toits sont jaunes, c'est la couleur de l'empereur, et les murs violets, car le pourpre est la couleur de l'étoile Polaire, centre du cosmos, comme l'empereur est le centre de l'Empire. Le chantier nécessita plus de 200 000 ouvriers, nombreux sont ceux qui y périrent.
Nous mettrons 3 heures pour visiter cette immense palais, érigé pour un seul homme, un spectacle architectural magnifique, impérial. La visite mériterait bien 2 heures de plus, le temps d‘explorer chaque recoin, chaque objet retrouvé, des affaires de beauté de l‘impératrice Cixi à l‘attirail militaire.
Pris par le temps, par l’envie de fumer (strictement interdit à l’intérieur de la Cité !!) nous nous en contentons.
Il fait vraiment bon vivre ici. Les chinois sont vraiment adorables, souriants, bon-enfant ! Rien à voir avec l’idée que je me faisais, j’ai peut être mélangé le peuple et le gouvernement ???!!
Malgré leurs mets quelques fois particuliers, scorpions, œufs pourris, poissons pourris, vodka macérant dans un étrange mélange de serpents et de tortues mortes, on trouve aussi des plats délicieux et du riz fabuleux. Nous nous goinfrons toute la journée, il va falloir vraiment faire attention si on ne veut pas prendre 10 Kg !!!
Nous allons tous les jours au même restaurant, accompagné de notre ami espagnole, Don Carlos. Tous les jours s’ensuit le même problème, l’addition !!! Toujours un nouveau stratagème pour essayer de récupérer les deux ou trois yuans supplémentaires !!!! Mais toujours avec un large sourire… ils ont bien compris que le temps des JO était terminé !!! Fini les touristes stupides qui se contentent d’aligner la monnaie, sans compter !!!
Le passage du Tibet s’avère difficile, nous questionnons les autres voyageurs, épluchons la toile du web, obtenons quelques informations confuses à la réception. Mais il semblerait, que personne ne sache réellement ce qu’il en est. Visiblement, on peut aller au Tibet, muni d’un premier permis de voyage pour Lhassa. On peut circuler également, mais par groupe de 3 personnes de même nationalité, accompagné d’un guide et avec un second permis. Mais qu’en est il de la frontière avec le Népal ??? Personne ne sait !! Nous décidons quand même de tenter notre chance, nous irons donc sur Chengdu dans le Sichuan, il y aura sûrement plus de personnes à même de nous renseigner !!! Nous partons le 2 octobre, le lendemain de la fête nationale !
On a bien choisi nôtre semaine pour visiter Beijing !!! Il y a trois semaines de vacances par an et cette semaine : VACANCES !!!! La Golden week !! 1, 3 milliard de personnes ( 23 fois plus qu’en France )en congés, un joyeux bordel !!! Les rues sont bondées, les restaurants pris d’assaut, les prix gonflés à bloc, on se marche dessus, on se piétine !!! Mais nous découvrons aussi une Chine qui veut rattraper le temps perdu, qui consomme et se pavane !!! Une Chine dans tous ses excès !!!
C’est la journée de la grande muraille !!! Nous avons bien étudié l’itinéraire, prendre le métro, ligne 2, s’arrêter à l’arrêt Jishuitan, prendre le bus 919 à la porte de Deshengmen, soit 70 km et une heure de route. Le tout pour 14 Yuans (métro/bus ). Le site de Badaling est payant, 40 Yuans. Donc au total, 68 Yuans soit 7€ par personne. La guest house nous le proposait à 280 Yuans. On est trop forts !!!! Et ça à l’air tellement simple, un jeu d’enfants !!!
T’as gagné !!!
Une heure de métro, nous arrivons à 9h à la porte de Deshengmen, nous trouvons de suite la file d’attente du bus 919, nous prenons nôtre tour. Arrivés à la porte du bus, la bonne femme nous fait comprendre qu’on ne peut pas monter dans ce bus, qu’il faut aller plus loin. Sans trop comprendre nous nous exécutons, pensant que ce premier bus était plein…
A 10 mètres, une autre file plus importante et un bus 919, c’est bon, ça doit être là !! Nous nous en assurons en demandant à la femme devant nous. C’est bien ça !! Elle va aussi à Badaling !! Vingt minutes se sont écoulées et personne n’a bougé d’un poil. La femme de devant questionne les riverains et nous dit de la suivre… Nous abandonnons nôtre seconde file d’attente !!! Nous arrivons devant un portillon et là c’est l’attroupement, la cohue !!! Elle nous dit que c’est là pour Badaling. Ok, benh c’est parti !!! On joue des coudes avec nos voisins chinois, on tente de gagner du terrain en faisant très attention à nos sacs, on se fait littéralement écraser, piétiner, ça gueule le chin’toc dans tous les sens !!! Mais nous ne nous laissons pas faire et nous imposons !!! Au bout d’une vingtaine de minutes nous arrivons sous le petit parasol où se trouve cette horrible bonne femme !!!! Elle nous fait signe que « non » en croisant les bras fermement, elle n’a vraiment pas l’air docile !!! Voulant arriver à nos fins, nous insistons, lui tendant un billet pour lui montrer nôtre ferme intention de monter dans ce bus 919. Elle nous agrippe violemment le bras et nous tire de l’autre côté du portillon !!! Quelle sorcière celle là !! Elle nous crie dessus, en désignant du doigt un parking rempli de bus vides sans numéro, pas de 919 !!!
Nous revenons à la charge, pensant qu’elle devait être raciste !!! J’ai cru qu’elle allait mettre un coup de pied au derrière de Jérôme !!! Elle se contente de lui chopper le bras et l’emmène 3 mètres plus loin toujours en désignant le parking !!! Et toujours en gueulant son chin’toc !!! Muuumhhh, une pulsion me monte, lui écraser la tête dans son portillon et l’assommer à coup de parasol !! Elle ferait plus sa maligne celle là !! Quelle grande conne !!!!
Un badaud voyant nôtre détresse s’approche de Don Carlos et lui fait signe de le suivre. Il nous emmène de l’autre côté du parking, derrière les bus vides, nous fait traverser une large avenue, une dizaine de bus 919 stationnent!!!!! Et là, vision d’horreur, une queue monstrueuse, 500 m au moins, sans exagérer, des chinois partout !!! Jérôme devenant curieux et courageux veut à tout prix voir où se termine la queue. Quelques rues plus loin… quelques ponts… et enfin le bout !!! Jérôme veut tenter l’expérience, Don Carlos et moi ne sommes pas très enthousiastes mais bon, nous sommes en vacances… A nôtre grande surprise ça avance assez vite, nous nous retrouvons rapidement dans un bus bondé de familles chinoises, des gens sont debout compressés façon sandwich !! Et c’est parti pour une heure de route !!!
Un monde fou sur la route, ça bouchonne grave, on ne voit pas à 300 mètres, trop de pots d’échappements, trop de pollution, Beijing !!! Au bout d’une heure de route nous sommes toujours dans la périphérie de Pékin, nous avons dû faire peut être 15 km à peine !!! Nous réalisons que nous avons fait une énorme bêtise, qu’on est même très stupides d’avoir pensé que c’était une belle journée pour aller visiter la muraille !!! Le 1 er octobre !! Anniversaire de la fondation de la république populaire de Chine !!! Mais quels cons !!!
Nous arrivons enfin, il est 15h !!! Ça fait juste 7 heures qu’on est parti de l’hôtel !!! 4h30 de route au lieu de l’heure habituelle !!!
Les derniers bus partent à 16h, ça nous laisse juste une heure pour atteindre la muraille, prendre deux photos et redescendre… Avec une petite pause pipi dans les fameuses toilettes chinoises, en rang d’oignons, cul à l’air visible de tous, une pas très bonne expérience personnelle, hommes et femmes étant quand même séparés, un moindre mal.
On aura quand même gravi la muraille car « qui n’a pas gravi la Grande muraille n’est pas un brave. » dit un célèbre adage.
Le chemin du retour est pire que l’aller, nous mettons 3h pour faire 2 km !! La nuit est tombée, nous sommes bloqués dans la montagne, c’est complètement hallucinant !!! Tout le monde est dehors, le bus n’avance plus, nous n’avons rien mangé hormis deux barres de céréales, une pomme et une vieille tranche de saucisson pourri !!! Pour ma part, boire est impossible, si j’ai pu me vidanger dans les toilettes pour femmes, il m’est littéralement impossible de sortir mon postérieur à la vue de tous, pas de buisson pour se cacher, la route, des bus et des chinois partout !!
On finit par se dire qu’on va dormir là !!! Finalement, le bus repart. Et parcoure les 67 km restant à 60 km heure !!
Nous arrivons à Beijing à 22h45, les restaurants ferment à 23h ici, pas le temps de traîner !!! Mais quelle journée !!! On s’en souviendra de la Muraille de machin chose !!!!
Nous refaisons pour la 1Oème fois nos sacs, on commence à être fort !!! Une vrai petite maison sur le dos !!! Nous prenons donc la route de Chengdu. Fini le confortable Transsibérien, nous nous attaquons aux trains chinois…
Nous sommes les deux seuls touristes étrangers dans le wagon, c’est nous les stars !!!
On nous regarde je crois… Nous sommes l’attraction, la petite bizarrerie… On nous regarde enjamber la flaque d’excrément qui déborde des chiottes. On nous regarde lorsque nous tentons de grimper sur nôtre couchette à trois hauteurs du sol. On nous regarde redescendre.
Acteurs d’un nouveau reality show : Deux français à bord !
Il y a un truc de fascinant ici : On sourit à quelqu’un, il nous sourit aussi. On lui sourit à nouveau, il nous sourit à nouveau... et ça indéfiniment ! Chose inimaginable en terre gauloise !!! Avec les vieux c’est encore mieux : On leur sourit, une fois, deux fois et c’est gagné, on a droit au monologue en chin’toc et c’est qu’ils s’acharnent !!! Ils veulent nous parler coûte que coûte !!! Nous comprenons quelques mots se résumant à « Victor Hugo » et « Rodin » , c’est déjà pas mal ! C’est qu’il y a l’accent aussi, j’voudrais vous y voir !!!! On se contente de répéter quelques sons qui sortent de « je sais pas où »… Ahhh on les fait rire ces chin’tok !!! Sauf nôtre petite voisine qui part en courant et en gémissant dès qu’elle nous voit, visiblement on lui fait vraiment très peur !! Pourtant on a tout tenté, du biscuit au guili mais rien à faire, elle est effrayée par ces deux blanc-becs !!! Quelle chouineuse !!!
Nous arrivons à 5h06 à la gare ferroviaire de Chengdu, bien tôt !!! Dehors, des tours d’immeubles à l’infini, moi qui m’imaginais partir pour la campagne c’est le choc !!! J’avais mal lu l’échelle sur le plan de la ville !!! L’hôtel que nous avons réservé est à quatre kilomètres, nous n’avons plus qu’à farter les basquets !!!
Trognon cet hôtel, encore tout endormi, c’est si calme… Les murs sont décorés de tentures tibétaines et de tags des voyageurs de passage. Les scoubidous d’encens pendus aux étagères de bambous brûlent ajoutant au calme du lieu, une ambiance des plus sereines. Le gars nous invite à nous asseoir le temps que la chambre se libère, il est 6 heures, elle ne sera pas libre avant dix heures… On n’a plus qu’à moudre le café !!!
Allez au travail, on a du pain sur la planche. Il faut organiser nôtre passage de frontière. Nous savons déjà qu’il nous faut deux permis, un pour Lhassa et un autre pour circuler dans la région.
Nous allons interroger les bonnes femmes de la réception , elles nous donnent le catalogue de leurs tours au Tibet. Chouette, un tour nous emmène jusqu’à Katmandou !!! Oups !!! 725 € par personne… rohhhh la bouffe n’est pas comprise !!! Quand même !! Mais c’est possible de rejoindre le Népal par le Tibet, bonne nouvelle ! Reste plus qu’à négocier les prix au plus bas !! Nous avons droit comme réponse : « Fly… fly… !!! » Quoi fly, non pas fly, broum broum !!! Elle insiste : « no, no lhassa- Katmandou fly !!! » Nous insistons, voulant comprendre pourquoi sur le papier c’est possible de prendre la route mais pas pour de vrai !!! On lui demande si la frontière est fermée, elle répond : « no, no fly… fly !!! » Elle ne veut pas nous le dire que sa frontière est fermée !! Peut-être par peur de trop en dire ? Parce qu’elle n’en sait strictement rien ? Pourquoi ?? Un english qui était derrière vient à la rescousse et nous informe de la situation actuelle, visiblement la frontière est ouverte mais à la tête du client… ah… mouaihhh ! ( apparemment les autorités chinoises empêchent tous les touristes de traverser la frontière ) Bon, benh maintenant c’est simple, trois solutions :
La première, tenter le coup, donc payer 1500 € au risque de se faire refouler à la frontière... En conséquent, prévoir de se retrouver avec un visa périmé , devoir prendre un avion lhassa/Katmandou, et finir par se mettre nôtre banquier à dos !!!
Deuxième solution, prendre directement un vol Chengdu/Katmandou pour 4OO€ par personne (après de lourdes recherches).
Troisième solution, se mettre dans la peau d’Alexandra David-Néel et se la jouer en clandestins déguisés en tibétains. Un peu risqué même si on sait que l’on peut compter sur le courageux et valeureux Sarkozy qui viendra sûrement nous délivrer des geôles chinoises…et avec un peu de chance on aura même le CD dédicacé de Carla !!! Ça se réfléchi…
Nous essayons d’apaiser nôtre déception, pas facile… tout ça est tellement ridicule, nous pouvons moyennant finance aller jusqu’à la frontière mais pour sortir du pays… c’est une autre histoire.
Nous faisons ce choix difficile, nous ne grimperons pas sur le toit du monde, nous ne découvrirons pas le pays du ciel, nous n’irons pas admirer les cimes enneigées de l’Everest, nous n‘irons pas saluer le peuple tibétain… C’est bien trop nul à chier !!!
La réserve naturelle de Wolong est pour Chengdu ce qu’est la muraille de Chine pour Pékin ou encore ce qu’est l’armée enterrée pour Xi’an. Incontournable ! Nous ne pouvions pas passer si près du Panda géant sans aller lui faire quelques papouilles, sans aller voir ce si sympathique animal, cette grosse peluche qui ne demande qu’à dormir et à manger du bambou, 20 kg par jour !! Nous sommes gagas devant leurs ébats faits de glissades, de quelques escalades mal négociées, de caprices, rechignant à se lever pour aller rejoindre le tas de bambou qu’une employée vient de déposer. Paresseux, maladroits, ils sont trop mignons !!! On se surprendrait presque à faire des gazou-gazou aux plus petits ou à vouloir se blottir dans les bras de la maman. Il ne reste malheureusement que quelques centaines de Pandas géants en liberté. Nous ne pouvons qu’adresser un grand merci à toutes ces personnes qui consacrent leur vie à la sauvegarde de l’espèce et nous, continuer de changer nos habitudes.
Allez c’est reparti, on voulait voyager… et bien on y va !!! Direction le Yunnan ! Un proverbe d’ici dit : « Même après avoir traversé sept montagnes et sept mers, on n’arrive pas encore aux Yunnan. Il est presque aussi loin que la lune. Et celui qui en vient, vient de la lune ». Ça annonce la couleur !!
14 heures de train toujours entourés de chin’toc. Jérôme s’est fait un copain, un petit garçon de 5 ans, un vrai boulet !! Il ne le lâche plus, et vas y que je te touche la barbe, que je te fais des guili, que je te crie dans les oreilles et ça ne s’arrête pas là, vas y que je te tripotte les bijoux de famille, que je passe mes petites menottes sous ton tee-shirt !!! Jérôme n’en peut plus, il faut dire que ça fait déjà deux heures qu’il est dans ses pattes, surexcité, en rutte devant le grand barbu !!! J’essaie de le distraire, rien à faire. Sa mère, voyant qu’il commence à nous […], essaie de faire marcher son autorité mais rien à faire !!! Jérôme lui lance des « va voir maman » …effectivement le français ça ne marche pas !!! Tu es condamné mon chéri !!! Tout le monde s’y met, but du jeu : le sortir des pattes de Jérôme. Nous récoltons pleurs, hurlements, un vrai pot de colle qui n’en fait qu’à sa tête !!! Finalement, Jérôme, à bout de nerfs, le choppe fermement par les avant bras, lui fait traversé tout le wagon les deux pattes en l’air et le pose à côté de sa grand-mère en lui disant bye bye et s’en va sans se retourner !!! Je reste là, scotchée par l’aplomb de Jérôme, le petit sûrement aussi surpris ne bronche pas et les autres passagers rigolent de la scène !!! Il ne reviendra plus, dommage de devoir être aussi catégorique mais c’était une vraie plaie ce mioche !!!!
Nous voilà arrivés à Panzihua, il est 6 heures du mat et la ville est déjà bien éveillée. Devant la gare, plusieurs taxis, des bus, des bonnes femmes chargées de racoler les touristes comme nous. Nous arrivons à nous entendre : « Non nous ne voulons pas aller à Lijiang mais à Dali. It is possible ???!!! » Ils sont graves, ils veulent tous nous emmener à Lijiang !!! Finalement un bus va nous déposer à une autre gare routière à quelques kilomètres afin de prendre ce fameux bus Panzihua-Dali en espérant qu’on se soit bien compris !!! On n’est pas maître de tout en voyage !!!
Nous arrivons à la gare au bout d’une heure de trajet, quand même !!! Jérôme est chargé d’aller chercher les billets pendant que je garde les sacs à l’extérieur. Le type se dirige vers moi, enfin vers le peu de poitrine que j’ai !! Mon tee-shirt commence à souffrir des nombreux lavages à la main !!! Me regardant bien en face sein à œil il me dit :
« -Lijiang ?
Je lui réponds : Dali
- Lijiang
-Dali
-Lijiang
-Dali !! »
Il se marre et enfin il trouve comment faire pour me regarder dans les yeux. Je lui souris d’un air qui veut dire cause toujours gros porc !!! Et il attend avec moi !!! Ne se lassant pas de faire quelques contre-plongées sur mon décolleté. Voyant Jérôme revenir il finit par s’en aller ce gros dégueulasse !!! Ehhh ehh c’est qu’il est costaud mon chéri, il faut pas croire !!! Jérôme a des billets mais pour où ??? Serons nous à Dali aujourd’hui ???
Nous grimpons dans l’estafette et c’est parti pour la dernière ligne droite. Le paysage défile devant nos yeux, forêts d’eucalyptus, bambous, bananiers, bougainvilliers, calathéas, cannabis…
Et des cultures et encore des cultures… hommes, femmes, enfants travaillant dans les champs, aidés par quelques buffles. Il est loin le temps de mon enfance où j’aidais mon père à labourer les champs à bord de nôtre Landini, où l’on récoltait le maïs à l’aide de grosse machine à ensiler. Ici, tout est fait à la main, pas de Landini. Les brins de riz à maturité sont coupés, fagotés, on les laisse sécher. Ensuite vient l’heure du battage afin d’en extraire les petits grains si précieux qu’on récupère dans de grands paniers en osier. Quel travail !!! La route est vraiment splendide et flippante !!! Une route de montagne, enfin un reste de route étant donné que tantôt nous sommes face à des éboulis, tantôt c’est la route qui s’est barrée dans le ravin !! Apparemment rien d’inquiétant vu l’indifférence des autres passagers !!!
Après 8 h de bus nous arrivons enfin à Dali, encore faut il trouver l’hôtel que nous avons réservé depuis Chengdu !!
Nous l’avons trouvé nôtre hôtel pourri !! Quel horreur, ça pue le moisi, c’est glauque, sinistre, inquiétant !!! Nôtre fenêtre donne sur un mur en brique, des champignons recouvrent les mûrs, les sanitaires ressemblent à un vieil abattoir désaffecté, le jardin à un terrain vague et il n’y a personne, nous sommes les seuls !! Beurkkkkkkkk heureusement c’est pas cher !!! Nous déposons juste les bagages et route, sortir du taudis, prendre l’air !!!
Ohh que c’est joli !!! Adorable ! En oubliant les touristes chinois (essentiellement) qui pullulent un peu partout on se croirait dans un décor de film de samouraï. Entourée de ses vieux remparts, Dali offre ce qu’attendent deux touristes épuisés comme nous par tant de changements, des petites ballades en toute quiétude et une multitude de petites gargottes pour se restaurer !
Des petites ruelles pavées, bordées de petites maisons traditionnelles aux toits en ailes d’hirondelles.
Des petits canaux abrités sous les allées de sols pleureurs.
Et des Bai, minorité installée ici depuis plus de trois millénaires, issue de la famille des Tibéto-birmans, une ethnie calme et planante… Visiblement le culte du cannabis est de mise ici !!! Pas étonnant vu le nombre de pieds qui poussent sauvagement dans la nature.
On va être bien ici !!!
Nous déchantons vite, de retour à nôtre hôtel, c’est la déprime !!! La chasse d’eau ne marche pas, pas d’eau chaude, les draps sont humides, une communauté de chenilles est installée… C’est décidé, demain on change !!!
A peine réveillés, et hop on est parti !!! On a trouvé un super hôtel encore moins cher que le premier, 40 yuans. Trop bien !!! On est trop les plus forts !!!
On est en train de se balader quand un type vient à notre rencontre et nous propose d’aller pêcher, le lac étant à peine à 2 Km du centre. Que demander de plus, on prend la balle au vol et hop nous voilà dans sa voiture !!!
Nous arrivons au petit port, de petites embarcations de tôles, au milieu d’une petite forêt immergée et… de la ganja… Le pêcheur nous embarque dans sa pirogue déjà occupée par ses précieux cormorans. De sa perche de bambou il dirige lentement le bateau et nous nous enfonçons au milieux des arbres et des herbiers. A une petite centaine de mètre, il lâche sa petite tribu en ayant pris soin de leur nouer un lacet autour du gosier. Les cormorans se régalent des petits poissons mais quand leur prise est trop grosse… impossible d’avaler ! Il ne leur reste plus qu’à attendre que nôtre pêcheur les aide à recracher leurs proies. C’est un peu de l’exploitation, certes !!! Cette pêche n’est plus très utilisée, laissant la place aux larges filets qui font des ravages. Je ne sais pas ce qu’il y a de mieux ?? Pêche au filet ou aux cormorans ???
Après cette très sympathique matinée nous sommes affamés !!! On a vraiment l’impression d’être tout le temps affamés ou épuisés !! Trop dur de voyager !!!
Que c’est dur les vacances, se coucher à 22h devant la star academy chinoise, devoir se lever à 10h… Manger du riz à toutes les sauces, curry, satay, sauce au thé… Des bouchées vapeurs au porc, à la coriandre… Boire des jus de fruits pressés, à la mangue, papaye, carotte, banane… Des brochettes, crevettes, champignons, tofu, porc et autres viandes bien épicées !!! Marcher sous une pluie de sourires, de Ni rao, de Kkhello… Louer des vélos, histoire d’avoir meilleure conscience après avoir tant manger !!! Et tout ça pour moins de 15 € à deux par jour… c’est vraiment trop dur !! Certes ce n’est rien pour nous jeunes et dynamiques frenchies mais il faut faire attention, l’arnaque est à tous les coins de rues !!! Surtout dans la dite : « Foreigners street » (rue des touristes) qui est effectivement gorgée de touristes occidentaux et chinois !! Règle d’or, compter, toujours compter, avant qu’on nous enlève le menu car bien souvent l’addition augmente de 10 à 100%… c’est vrai, sans exagérer !!! Sauf dans nôtre petit resto préféré, le moins cher et le plus copieux qu’on est trouvé, tenu par un jeune couple honnête et adorable. C’est un régal d’y aller, juste pour leurs sourires !!! Lui au fourneaux, elle au service et le petit bambin qui court partout… Une jolie petite famille !!! Aujourd’hui, ballade à vélo au milieu des champs et des villages qui bordent le lac, on essaie de se frotter petit à petit aux locaux mais la barrière de la langue… Pas facile, surtout que même le langage corporel n’est pas le même !!! En arrivant sur une petite placette, une bande de bambins se met à courir vers nous en gueulant des « KkHello… khhHello » on leur répond avec des « ni rao… hello… Nirao ». Je m’approche d’un en lui tendant la main, il recule timidement, les autres se moquent bien évidemment de lui, je m’approche d’un autre qui fait un peu plus le coq devant ses copains… idem, tous les enfants rigolent !!! D’une petite grimace et d’un petit geste de la main je tente de leur dire qu’ils ont les chocottes !!! Qu’est-ce que j’ai pas fait !!! Ils s’arrêtent tous net et me regardent vraiment curieusement, un mélange de crainte et de stupeur!!! On se sent vraiment mal à l’aise dans ces moments là !!! Qu’est qu’ils ont compris ? Que veux dire mon geste ??? Mon approche n’a pas donné l’effet escompté, je dirai même que j’ai fait un bide !! En tout cas, ça m’a bien calmé !! Heureusement que nôtre « Papy chin’tok » rencontré au petit port m’a remonté le moral !! On a bien causé tous les trois, sans se comprendre mais on a causé !!! C’était franchement chouette, sauf son tabac dégueulasse qu’il nous a offert gentiment !!! Brut, juste une feuille roulée dans la pipe, dégueulasse, mais je pense que le cancer doit être meilleur que celui de nos clopes chinoises !! Une bien jolie journée et avec le soleil, s’il vous plait !!! D’ailleurs on a choppé nos premiers coups de soleil, ouille ouille ouille ! Ça va biafiniser ce soir !!! On va devoir se coucher à 22h15, zut… bien trop tard !!!
Aujourd’hui c’est l’anniversaire de mon Papy, donc ça ne peut être qu’une belle journée !!! Nous avons un objectif, ce qui est assez rare en voyage !!! Trouver nôtre « Papy Chin’tok » pour lui porter la photo que nous avons prise ensemble. On imagine sa tête… on est sûr qu’il pense qu’on ne lui apportera jamais !!! Et bien non, raté !!! On arrive sur nos beaux vélos !!! Mais au petit port… pas de « Papy chin’tok »… Nous demandons à un pêcheur en lui montrant la photo. Visiblement, il le connait. Il nous sort un petit banc de son bateau, on comprend qu’il va arriver… alors on s’assoit et on attend… on attend… on attend… Nôtre pêcheur s’en va en bateau. On attend… on attend… Un autre pêcheur arrive, on lui ressort la photo. Il le connait aussi, il nous fait signe que non, qu’il ne viendra pas aujourd’hui mais qu’il peut lui donner la photo… zut !!! C’est bien trop nul à chier dit Jérôme. J’en pense pas moins mais le principal c’est qu’ il l’a récupère!!! Nous lui confions donc nôtre si précieuse photo et enfourchons nos vélos tous penauds !!! Sur la route nous refaisons des plans pour la journée… et oui nôtre objectif est raté : « Qu’est-ce qu’on fait ? Je sais pas. On va vers la montagne ? Non j’ai pas envie, j’ai envie de rien !!! Juste de Papy chin’tok !!!! » Et là,Maaaagiiiie !!!!
Papy chin’tok !!!
Juste devant nous, il est trop mignon avec son petit bonnet !!! Dès qu’il nous voit, il se lance dans des vocalises de : Ohhh
OHHH OOOHHH!!! Ohhh loloooo … Ohhhh lalla !!!
Nous sommes aux anges, il fallait qu’on le recroise, s’était écrit !!! On lui explique par quelques mîmes qu’on est venu pour la photo, mais qu’on l’a laissée au port. Il repart dans ses vocalises, en nous conviant à le suivre !!! Tout guilleret nous faisons demi tour et le suivons. On marche tous trois le sourire en haut des oreilles. Dès qu’il croise quelqu’un, il répète la même phrase en nous désignant. Il a l’air très fier. Nous aussi, nous sommes fiers !!! On arrive dans une petite cour. Au sol, du riz est en train de sécher, comme dans toutes les cours en cette saison. Nous allons chez lui. Il nous invite dans sa maison !!! On est heureux, ravis, touchés !!! Nous entrons dans une petite pièce sombre, le sol est battu, les murs enduits de chaux poussiéreuse, un petit canapé, une petite table, une télévision et trois grands coffres sûrement remplis de riz. Aux murs, des portraits de famille, peut être que nous serons épinglés parmi eux ??? Il nous fait les présentations, ses parents, sa femme, ses cinq filles… et bientôt, ses amis français !!!
Il nous offre le thé, nous sortons de nôtre sac les petits gâteaux et les clémentines que nous avons achetés ce matin au marché. Nous nous sourions, nous nous regardons et sourions encore, au point que nos yeux risquent de rester bridés !! Nous arrivons à nous mimer des petites choses simples, nôtre identité !!! J’ai 24 ans. J’ai 30 ans. J’ai 75 ans. Je m’appelle Céline. Je m’appelle Jérôme. Je m’appelle Tà Ni. Nous ne sommes pas mariés. Je travaille la terre. Je travaille les fleurs. Je fais des médicaments pour les clémentines. Nous sommes français… C’est vraiment un joli moment… Quand ses yeux fatigués se posent sur moi, d’un regard protecteur, tout mon corps fourmille, un échange si simple, si bref mais si sincère !! Nous en sommes à nôtre cinquième thés, les vannes ne vont pas tarder à lâcher si ça continue !!! Il a compris le bougre, nous partons dans un concert de « psiiiiiiiiiiis… psiiiiiiiiii… psiisss… » mais il ne nous propose pas les toilettes pour autant !! Mais, nous repropose un thé. Nous refusons malgré nous la proposition et lui proposons d’aller chercher la photo avant de repartir. Nous retrouvons le pêcheur qui lui remet cette photo, ce petit bout de papier qui a réuni l’espace d’un instant, deux cultures, deux générations différentes pour en faire un moment unique !!! Je savais que ce serait une belle journée !! Merci Papy Tà Ni. Bon anniversaire Papy Moustache !!!!
La journée commence par un de ces réveils , un de ceux qui nous rendent de mauvais poil l’espace de quelques minutes, celui où la première pensée qui s’éveille en nous est : Bousiller ce putain de réveil !!!! Mais… après un bon café, une bonne douche, les esprits se remettent en place et on sourit. D’attaque pour se jeter dans l’action. Il est 7h, le timing est bon ! Nous sommes prêts, sacs sur le dos, lacets bien serrés, nous repartons ! La traversée de la ville est agréable, il fait un peu frais. Les montagnes embrumées du Cangshan s’éclairent peu à peu d’une douce lumière. Le taux d’humidité élevé donne l’impression qu’on pourrait caresser de nos mains ses courbes encore discrètes et décrocher un petit morceau de nuage pour s’en faire une barbe à papa. Le temps est splendide !! Nous arrivons au terminus des minibus reliant Dali à Xiaguan sans trop de problèmes, il y en a une bonne vingtaine !! Nous sommes les seuls, les chauffeurs attendent leur tour patiemment dans un des minibus, fumant du cancer et sirotant du thé. Un mec sort de la cahutte et se met à gueuler en agitant une clochette. Là, un chauffeur saute du minibus-salle d’attente, court et grimpe dans celui d’à côté, l’allume et part en l’espace de quelques secondes !!! Nous lui faisons signe mais trop tard il est parti. Nous n’avons pas été assez rapides !!! Mais nous avons compris le système et nous grimpons dans l’estafette suivante. 10 min après, le gars de la cahutte sort avec sa grosse voix et sa clochette, un chauffeur arrive en courant, allume le contact et part. Cette fois, nous partons avec lui et laissons Dali derrière nous. Nous arrivons à la gare routière où on est arrivé il y a 10 jours. La gare routière est formée de plusieurs parcs, elle envahit tout un quartier. Il n’y a pas de guichets, pas de tableaux d’horaires, tout se passe dans les bus !! Pas très arrangeant tout ça !!! Nous demandons à droite à gauche : « Panzhihua ? ». Certains ne veulent même pas nous répondre, d’autres nous indique vers la droite, d’autres vers la gauche. On tourne et retourne grimpant dans les bus, demandant « Panzhihua… Panzhihua… ». On finit par trouver le bureau d’informations et par bonheur il y a une femme qui se dépatouille comme elle peut en anglais. Elle nous dit qu’il n’y a pas de bus pour Panzhihua ici. On lui dit qu’on est arrivé ici de Panzhihua il y a dix jours. Elle insiste, nous aussi, elle finit par nous dire qu’il n’y a qu’un bus qui part aujourd’hui d’une autre gare à l’autre bout de la ville, un bus de nuit, il part à 20h. Hum… hum… de la route pourrie de montagne en pleine nuit ??? A 20 heures ??? En bus couchettes ??? On n’a pas le choix ???? On insiste se disant qu’il doit forcément y avoir d’autres départs moins suicidaires. Un attroupement se forme autour de nous, tous veulent apporter leur petite contribution, ça piaille dans tous les sens !!! Mais il y a ce type, je ne sais pas pourquoi mais il m’inspire, je prends donc le temps d’essayer de décoder ce qu’il veut nous dire. « Jérôme vient, il y a un autre bus !!! » Nous suivons le type, nous arrivons devant un mastodonte, un beau et gros bus couchette !!! Sur le pare prise 3 caractères, nous décodons le premier, Xiaguan. Le deuxième, Panzhihua. Et nous demandons pour le troisième… Chengdu !!! Elle est pas belle la vie ??? Un bus qui nous emmène de suite à la maison !!! Il part à 13h, il est 9h. Ça nous laisse 4h à tuer. Nous nous installons par terre dans un coin. J’en profite pour jeter quelques mots sur le papier. Les passants regardent, curieux. Un s’arrête juste devant moi, c’est un de ces types qui passent leur journée à ramasser tout ce qui se recycle par terre afin de le vendre et de gagner quelques sous. Je lui tends mon carnet, il a l’air content. Sous son chapeau bleu qui lui cache la moitié du visage et sous ses grosses lunettes de soleil, on voit juste ses petites fossettes se relever. C’est un homme d’un âge mûr, quelques rides le trahissent. Je lui propose de s’asseoir à côté de moi. Il épluche tout le carnet s’attardant sur chaque page, chaque ligne, chaque mot. Il a l’air fasciné. Il prend le stylo et se met à écrire du chinois, il a l’air inspiré. On reconnait des points d’interrogations, visiblement ils nous posent des questions. On lui dit « Fâguà ! » ( français ! ), ça à l’air de lui convenir comme réponse. On se fait passer le carnet, y écrivant à tour de rôle quelque chose. J’en profite pour lui demander d’arrêter de me regarder le buste… c’est un peu pesant !! Nous échangeons ainsi, pendant une bonne heure. Et au moment de partir, il m’agrippe la main fermement, il ne veut pas que je parte, quelle séductrice !!! J’essaie de ma dégager… impossible !!! Il nous propose d’aller manger chez lui, on refuse gentiment mais il insiste le bougre !!!! Son cinéma dure une dizaine de minutes, c’est long, fatiguant, gonflant !!! Mais il s’amuse. Il finit par me lâcher la main, qui reste paralysée. Naïvement je lui retends la main pour lui dire au revoir et c’est reparti !!!! Mais c’était une boutade, nous le saluons et lui échappons !! A 11h, on s’installe dans le bus, mangeons des saucisses et une cuisse de poulet sous vide franchement dégueulasses et nous nous endormons sur nôtre belle couchette. A 13h, on vient nous réveiller, il faut qu’on descende, le bus ne part plus. C’est quoi cette embrouille ??? Visiblement nous ne sommes pas assez pour que le trajet soit rentable alors benh… on annule !! C’est bien joli mais nous, on fait quoi maintenant ?? Et bien, on misère comme d’habitude !!! On s’adresse à l’un puis à l’autre, personne ne parle anglais. On n’est pas dans la merde !!! Relativisons, nous avons 3 jours pour rentrer sur Chengdu, on avait prévu large. On nous écrit quelque chose en chinois sur un bout de papier… vous êtes drôle vous… Ils s’acharnent à nous parler en chinois, faisant des efforts dans l’articulation mais ça reste du chinois… Finalement, le chauffeur, sûrement par compassion, nous dit de remonter dans le bus. On s’exécute, on n’a pas trop d’autres solutions. Il traverse la ville, s’arrête dans une autre gare routière et nous montre le guichet. Il y a bien un bus sur le tableau, à 20h, de nuit. Elle nous l’avait dit la bonne femme !!! En tout cas nous sommes frappés de la gentillesse du chauffeur, qui n’a pas hésité à déplacer son mastodonte pour nous conduire ici et gratuitement, trop adorable !!! Maintenant, reste plus qu’à nous occuper, il n’est que 14h !! Nous sommes dans la périphérie de la ville, il n’y a rien. Xiaguan est une ville stratégique, un carrefour routier entre les deux berges du lac Erhai. Il n’y a rien !!! Nous errons, nous posons dans un square et patientons longtemps, longtemps, très longtemps… En espérant que nous n’attendons pas une nouvelle fois pour rien et que le bus partira bien à 20h !! Il est parti, nous sommes partis, nous sommes en route !! Il y avait 4 beaux bus tout neuf et un tout cabossé, tout pourri. On est dans le tout pourri !!! En fait, je pense qu’ils mettent les bus en fin de vie sur les liaisons dangereuses histoire de limiter les pertes matérielles. Il bruine, la route va être boueuse et glissante. Je me rappelle la réflexion de Jérôme quand je lui faisait remarquer les nombreux glissements de terrain sur la route : « ça craint que quand il pleut !! ». Et il pleut !!! L’intérieur n’est pas mieux !!! Des couchettes minuscules, Jérôme n’y rentre pas, moi à peine !!! Les couchettes sont collées les unes aux autres sur deux étages, les fenêtres minuscules, pas d’aération, pas d’extincteurs, pas de brises vitres, l’évacuation est impossible en cas de pépin !!! Un cercueil roulant… je suis morte de trouille !!! Je rigole, mais nerveusement, et ça pue des pieds mais qu’est-ce-que ça pue !!!! Ça crache partout, ça fume dans le bus, ça braille !!! La nuit promet d’être palpitante !!! C’est dans ses moments là qu’on se dit : on est con quand on est jeune !!! On n’aurait pas pu aller comme tout le monde quinze jours au camping « La bouée bleue » à St Jean ???? Non. Quand on est jeune on voit les choses en grand, on veut de l’exotisme, de l’atypique… Et bien, je vais vous dire, on est bien con quand on est jeune !!!
On est arrivé à 3h3o cette nuit, on a presque dormi !! Pour faire simple, la gare ferroviaire est à 25 km de la gare routière. A cette heure ci le seul moyen d’y aller est de prendre un taxi et de se faire arnaquer sous prétexte que c’est la nuit !!! Mais en Chine tous les chauffeurs de bus sont sympas !!! Et le nôtre nous propose de rester dormir dans le bus et d’attendre demain matin que les bus de ville commencent leurs liaisons. Mais les chauffeurs de taxi ne le voient pas de cet œil !!! Voyant deux billets de 20$ sur pattes dans un bus désert, ils attaquent. Lâchez les fauves ! On se fait assaillir !!! Ils montent dans le bus et tentent par toutes les ruses de nous convaincre, crachant à chaque fin de phrase !!! Nous lançons de temps en temps quelques : « We have the time !! », « We know, it’s good for you if we come with you but not for us ! » « We don’t want to come with you, stop ! ». Ils finissent par nous lâcher la grappe !!! Je dors. On me secoue énergiquement pour me réveiller… j’ouvre les yeux, il y a un mec à quelques centimètres de ma tête. Je suis perdue, pas encore réveillée, je me demande où je suis ??!! Il gueule dans mon oreille « let’s go, your train… let’s go ! Let’s go !! » En fait, ils sont trois autour de ma couchette !! Je suis folle !! Ils m’ont réveillée ??? …Ils m’ont réveillée !!! Je dormais profondément et ils m’ont réveillée ??? !! Sûrement d’un regard sombre, je répète fermement ces mots que je commence à connaitre par cœur : « I don’t want to come with you, ok ? I want to sleep and after we take the bus. It’s cheaper !! Sorry but no money for you !!! Sorry !! Thank you !!! » Je referme les yeux mais je sens qu’ils sont encore là, hésitants à argumenter pour me convaincre. Ils finissent par partir. Je ne leur en veux pas, c’est leur gagne pain mais je reste tout de même amer devant ce manque de respect !! Je dormais!!! Et maintenant je ne dors plus, c’est malin !!! A 7h, le premier bus n°64 arrive, nous embarquons. Nous arrivons à la gare ferroviaire à 8h. Nous trouvons sans difficulté des billets pour Chengdu, le train K118 part à 12h01, une toute petite attente. Jérôme dort, il récupère de cette nuit mouvementée. Moi, je reste bloquée devant le paysage qui défile lentement derrière la vitre. Nous quittons la Chine dans 3 jours, je ne veux rien rater. Je veux profiter au maximum, enregistrer la couleur de chaque morceau de terre qui file devant mes yeux fatigués, capturer les émanations du train, me laisser transpercer par la lumière, par la magie de l’Empire du milieu… Le paysage est spécialement beau sur ce chemin de fer traversant le Yunnan et le Sichuan. Construit au gré des vallées, passant sous les montagnes, enjambant de multiples rivières, longeant les rizières, et les nombreux villages. La région est relativement humide laissant à ses hôtes une terre fertile propice aux cultures, riz, maïs, thé, coton, tabac, agrumes… Sur les maisons de terre crue, des guirlandes de piments et de maïs sèchent aux soleil, au sol des tapis de riz encore enrobé de leur glume brunâtre. De la fenêtre, le tableau est parfait, coloré, lumineux, éclatant. Malgré la beauté du lieu, je n’arrive plus à garder mes petits yeux ouverts et ne tarde pas à rejoindre Jérôme dans les bras de Morphée... Quand il me réveille, il fait nuit. Le train rentre en gare de Chengdu à 23h30. Epuisés, nous n’hésitons pas à prendre un taxi pour rejoindre nôtre guest house.
C’est ma fête aujourd’hui !!! Rien d’important !!! Je lis les quelques mails qu’on m’a envoyés pour l’occasion. Jusqu’à tomber sur le mail de mon frangin… comment j’ai pu ??? Je n’y ai pas pensé !!! Si j’avais été en France, je serais sûrement allée me recueillir sur ta tombe. Ça a fait un an hier que tu nous as quittés, que ton cancer t’a délivré. Et je n’y pensais pas… je ne pensais pas que déjà un an avait pu s’écouler… je ne suis pas triste, songeuse. Je pense à toi Papa.
Dernière journée, on a du pain sur la planche !! La journée est trop courte, nous nous répartissons les tâches. Je m’occupe du site, c’est que ça prend du temps tout ça !! Et Jérôme s’occupe de la paperasse : mettre les comptes à jour, trouver un taxi pour nous emmener à l’aéroport demain à 5h du mat, changer nos derniers yuans en dollars, trouver la poste pour envoyer nôtre premier colis afin d’éviter la surcharge en avion… Le pauvre, il est courageux et beau dans l’effort… Je rigole, je me moque mais je suis tellement fière de lui, de nous, de la direction que nous donnons à nôtre couple. Et oui, il n’est plus casanier mon chéri, il est même plus actif que moi !!! 17h. Dernière Tsingtao beer. Le colis est envoyé. Le carnet de route à jour. Nous faisons le bilan de ce mois passé en Chine. Nous sommes venus avec des aprioris, nous repartons surpris. On voit souvent depuis nos postes de télévision, depuis nos journaux, un portrait sombre de la Chine. Certes, il y a beaucoup de choses à modifier, le chemin est encore long… Mais il faut laisser du temps au temps. On a découvert ici, une patrie dotée d’une grande volonté. Une patrie soudée, qui avance dans la même direction : le progrès. Le progrès sous toutes ces coutures. Je ne suis pas politicologue mais je pense que la Chine n’a pas fini de nous surprendre sur des aspects que l’on n’imagine même pas. Nous avons découvert un peuple. Un peuple accueillant et souriant, d’une extrême gentillesse. Nous avons parcouru des paysages grandioses, il faudrait 10 ans au moins pour visiter toutes ces contrées. Nous ne repartons pas conquis mais séduits par l’Empire du Milieu. Aucune nostalgie, aucune mélancolie… Nous partons vers de nouveaux horizons, une nouvelle culture : « Good bye China, Good morning Népal ! »
1. karine et xavier Le 04/10/2008 à 08:07
2. dany nicole Le 05/10/2008 à 10:03
3. Fred le parigot Le 06/10/2008 à 04:18
4. cathy Le 07/10/2008 à 00:41
5. Gaelle et Gabriel Le 09/10/2008 à 03:13
6. ben et maud Le 11/10/2008 à 11:57
7. kiki, catherine,ilan et mathéo Le 12/10/2008 à 21:57
8. Patrick Le 13/10/2008 à 19:54
9. daniel Le 15/10/2008 à 21:52
10. aurelie mazeris Le 22/10/2008 à 13:36
11. domi Le 22/10/2008 à 16:27
12. mumu Le 23/10/2008 à 10:47
13. Ptitmam de Fonfec Le 24/10/2008 à 22:08
14. Gaëlle & Gabriel Le 26/10/2008 à 12:25
15. chantal-maman d elise Le 26/10/2008 à 23:13
16. pascal Le 29/10/2008 à 12:16
17. camille Le 30/10/2008 à 02:30
18. lolo Le 04/11/2008 à 00:25
19. chantal d artix Le 14/11/2008 à 18:51