Après 45 jours au Népal, des milliers de sourires et de Namaste. Après la découverte d’une culture si différente de la nôtre. Après des rencontres marquantes comme Monoj de Katmandou qui travaille sans relâche pour obtenir son diplôme. Krishna et sa famille, qui continueront à attendre le coup de fil de sa femme leur annonçant qu’elle rentre enfin à la maison. Cima, ses poux et son papa qui passeront sûrement l’hiver sous leur bâche en attendant de monter le toit manquant à leur nouvelle maison. Kali qui continuera en vain de refuser le mariage que lui propose son frère afin de rester dans les jupons d’Ama et de garder quelques jours de plus son innocence et sa candeur. Sabina, Samjana et Sapina qui continueront à aider leur mère aux champs, privées de leur père qui les a abandonnées. Nôtre vieille folle, qui n’est pas folle, qui continuera quelques petites années à lutter dans ses froides et arides montagnes. Ces porteurs avec qui on a échangé quelques encouragements, quelques mots de sympathie… certains périront sur les sentiers, accablés par le froid, par le poids pendant que d’autres se féliciteront de leurs performances, du succès de leur expédition dans leur magnifique équipement High tech !!! Sandro, Claire, Steeve, Sophie, Nico, Greg, Jérôme, Hilde, Jan, Ida et bien d’autres amoureux du voyage avec qui on a pu échanger des impressions, des interrogations face à cette culture si particulière et se réjouir autour de quelques verres de faire partie des chanceux de la Terre. Nous quittons cette terre, nostalgiques mais les yeux remplis d’étoiles. Nous partons demain pour la frontière indo/népalaise, impatients de découvrir nôtre prochain pays d’accueil !! De découvrir ce qu’il reste du pays des Maharajas, de découvrir ce peuple qui vit à cent à l’heure pour rattraper le temps perdu face à des siècles de colonisation. Ce peuple qui subit tous les jours depuis plus de 60 ans la partition de leurs terres. Que j’aimerais découvrir là-bas des messages d’espoir, d’amour et de paix, m’incitant à croire qu’un jour peut-être la haine laissera la place à la fraternité !!! Que les mots : massacre, attentat, terrorisme, bain de sang, vengeance… disparaissent de nos bouches et de nos dictionnaires. De découvrir ce qu’il reste du message de Gandhi… Nous quittons le Népal, fiancés mais pas mariés. Après réflexion nous avons annulé le mariage que nous organisions avec Krishna. Ne voulant pas bafouer la culture népalaise par un simple et vulgaire folklore !!! Nous quittons le Népal confortés dans nôtre décision d’avoir pris ce temps, cette année de découverte et d’apprentissage, il y a tant de choses à apprendre chez nos voisins !!!
Ça y est nous y sommes, épuisés, lessivés par ce voyage d’à peine 500km mais qui nous a pris tout de même deux jours !! Le premier tronçon, un jeu d’enfant à bord de nôtre TATA !!! 8h au rythme des nids de poules et des coups de freins chroniques de nôtre chauffeur après avoir cru que ça allait passer !! Arrivés à Sunauli, nous avons eu droit à nôtre petit attroupement de chauffeurs de rickshaws, de rabatteurs d’hôtel, de curieux… J’ai pris un malin plaisir à les balader, à faire jouer la concurrence, à faire durer le suspens… C’était nos dernières négoces avec les Népalais, il fallait bien que j’en profite !! Cette ville frontière n’a vraiment rien d’attrayant si ce n’est le balai incessant de camions customisés et les fanfares de klaxons !!! Tout n’est que poussière et gaz d’échappement !! Un peu triste pour une dernière nuit !!! Le lendemain, le passage aux service de l’immigration, idem, un jeu d’enfant !! Deux gommettes, deux coups de tampons et emballés c’est pesé comme dirait mon grand-père !!! Nous sommes en Inde. Benh c’est ça l’inde ??? Pas de rabatteurs, pas de gamins qui nous courent après réclamant leur « pen »??? Nous faisons nos premiers pas, clopes au bec en toute tranquillité, le bonheur !!! Le premier indien à qui on a affaire est le chauffeur qui va nous conduire à Gorakhpur. Au premier abord, il m’effraie. Chiqueur de bétel, il a les gencives rouge écarlate, il me fait penser à un vampire près a nous sauter à la gorge !!! Et plus il rigole, plus il m’inquiète !!! Dans ma tête, je le supplie : « Ferme la bouche, ferme la bouche !!! Je vais vomir !! » Nous attendons une grosse demie-heure avant que la jeep se remplisse de chiqueurs de bétel, des vampires partout !! Enfin, bien compressés, bien encastrés à l’intérieur de la jeep, nous pouvons partir. Nôtre chauffeur se prend pour Sami Naceri dans Taxi, c’est un fou !!! Sa main est bloquée sur le klaxon pour annoncer : « Pousse toi, j’arrive » Il slalome entre les chauffeurs de rickshaws, entre les autobus, les camions, les singes, les vaches, les motos, les vélos, rien ne le ralentit !!! A chaque nid de poule, nous décollons, encastrés, nous volons dans un même élan !!! Arrivés à Gorakhpur c’est du monde partout. Ça grouille à droite, à gauche, derrière, devant, au fond… Par chance, la jeep marque son dernier stop juste devant la gare, nous avons de la chouille sur ce coup-là, pas besoin de chercher, de galérer !!! La gare se résume à un vaste entrepôt. Et dans un entrepôt, on entrepose… ici ce sont les gens en transit qu’on entasse !!!! Ça s’entasse partout à même le sol !!! Des gens dorment, d’autres mangent, d’autres urinent. « Guichet information touristes », la bonne femme nous donne les horaires, le plus tôt part à 14h et arrive à 21h30 ce soir à Varanasi. Il est 12h. Nous hésitons un moment… est-il bien prudent de débarquer en peine nuit dans une ville que l’on ne connait pas ?? Surtout que le lonely planet nous décrit la gare comme un repère de malfrats. Nous débattons un moment… bon ben… c’est parti !!! Nous nous faufilons et arrivons à atteindre le guichet. Nous prenons nôtre place dans une file d’attente au hasard. Arrivés à nôtre tour le mec nous dit d’aller guichet 1. Bon ben… c’est reparti !!! Cette fois-ci, nôtre place est difficile à garder. Nous avons affaire à une meute de femmes bien déterminées a passer devant nos faces de touristes impuissants !!! Une, deux, trois, quatre, cinq… benh c’est la fête !!! Jérôme finit par se faufiler, s’imposer et gueule au guichetier « Varanasi, Varanasi for two persons » Il en ressort avec un petit billet. Il y a bien marqué Varanasi, l’heure n’est pas indiquée. Nous allons revoir la bonne femme, « si si c’est bon ». Cool !!! En attendant l’heure, nous partons manger un morceau dans les gargotes qui font face à la gare. Là, nous vient une lumineuse idée : « Et si on appelait un hôtel et qu’on leur demandait de venir nous chercher ??? » Idée lumineuse !!!! Nous cherchons dans le lonely planet, Yogi lodge, parfait !!! Nous appelons, pas de problème, il faut l’appeler quand on est à la gare. Super !!! Sur le billet quelque chose nous inquiète, le prix !!! 66 rps (1 euros) pour les deux, pour faire 230 km… bizarre ? Je regarde le lonely, ils indiquaient le triple pour une place en assis dur… Bizarre ???!!! A mon avis on va avoir droit à la bétaillère. Sur le quai nous trouvons trois anglais, idem, même billets, même tarifs !!! Pas le temps de se poser trop de questions, le train entre en gare !!! C’est du placement libre. Ma pensée de la bétaillère n’est pas loin !!! Quand on dit assis dur, c’est assis dur !!! Des banquettes de bois, et rien d’autres, pas de toilettes, rien !!! Il y a même des wagons sans banquettes, juste quelques lanières au plafond pour s’accrocher !!! Nous trouvons deux super places, juste à côté de la fenêtre !! Nous nous installons sous le regard insistant des autres passagers. Tous nos faits et gestes sont dépecés, nous sourions, nous saluons. Au bout d’une heure de trajet Jérôme n’en peut déjà plus. Il ne sourit plus, ne salue plus, le regard agacé, il grommèle !!! Il ne te reste plus que 6h30 à attendre. Le train est non fumeur, aux arrêts fréquents personne ne fume !!! Pas un mégot par terre. Les indiens sont-ils tous non fumeurs ???? A 16h, soit après trois heures de trajets, il est à cran, au bord de la crise de nerfs !!! Je lui dit regarde le paysage, mais juste à ce moment-là nous longeons une rivière de lisier, noire, onctueux, un lit d’excréments. Dans le wagon, c’est un véritable balai humain. A chaque arrêt quelques-uns s’en vont et d’autres montent, on s’entasse, on s’encastre, on se colle !!! Il y en a même jusque dans les porte-bagages. Ma place à côté de la fenêtre est vraiment plus qu’appréciable, de l’air !!! A 17h, Jérôme craque, l’appel de la nicotine est insoutenable !!! Je le regarde sortir du wagon, tout le wagon le regarde sortir, il y en a même qui se précipitent derrière lui !!! Sur le quai, alors qu’il aspire sa fumée, on se rapproche jusqu’à un mètre de lui, une dizaine de personnes l’observent sans retenue !!! De ma fenêtre, je me marre !!! Pendant ce temps, un jeune tente de me faire la causette, il ne parle que quelques mots d’anglais. Je ne comprends absolument rien, j’essaie de décoder, je réponds au hasard : « french » « first time in India ». Tout le monde rigole, visiblement mon décodage n’est pas très bon !!! Vexé et surement complexé de ne pas parler anglais, il retourne sur son porte-bagage, se met un linge sur la tête et dort. Jérôme revient, le train repart. « -Alors elle était bonne ??? Dis-je en rigolant. -Rigole, rigole. T’es jalouse !!! » Un jeune secoue le bras de Jérôme. « -Where are you from ??? -France. -Autograph ? Autograph ??? -What ?? -Autograph ? » Oui c’est ça, il veut un autographe !!!! Il sort un morceau de papier, fier de lui !!! Le jeune du porte-bagage se redresse d’un bond et nous regarde écrire sur le papier. Il nous demande de marquer nôtre nom, nôtre prénom et d’où nous venons. Il est ravi !!! Le papier circule, ça jacasse, ça rigole, tout le monde paraît très content !!! Un peu plus loin, c’est à des paparazzis que j’ai affaire, ils me mitraillent avec leur téléphones portables. Je commence à avoir très envie de fumer, il est 19h30, ça commence à faire long !!! Très long !!! Mais je n’ose pas sortir du wagon, faire face à un « white watching » pour reprendre l’expression de Sylvain Tesson et d’Alexandre Poussin. Sachant qu’on ne peut y aller qu’à tour de rôle pour surveiller les bagages !!! Jérôme devient insupportable, il a faim !!! Et quand Jérôme a faim, il a faim et ne pense plus qu’à satisfaire son estomac !!! Nous commençons à penser que le train n’arrivera jamais à 21h30 comme prévu !! Nous demandons, mais personne ne sait, certains nous disent, 21h, d’autres 23h, d’autres avant minuit !!! A quai, je me lance, je n’en peux plus !!! Ils sont une quinzaine à quelques centimètres de moi, je leur souris, ils ne me sourient pas, ils ne font que me dévisager, je tente de faire pareille !!! Mais face à leurs regards noirs et profonds je capitule et baisse les yeux !!! Nerveusement, je rigole de cette situation. Eux ils ne rigolent pas, ils me dévisagent toujours !!! Je sais très bien que ce n’est que de la curiosité, mais c’est pesant, oppressant !!! Je remonte !! C’est la clope la plus de gueux que j’ai pu fumer !!! Quand nous arrivons à Sarnath, il est 23h. Jérôme n’en peut plus. Je commence à m’impatienter et à m’inquiéter. Dans le Lonely planet, il est écrit que les hôtels déconseillent de sortir après 22h, qu’ils ferment leurs grilles avant 23h. La Yogi lodge doit être fermée !!! Voudront-ils venir nous chercher à une heure aussi tardive ??? Jérôme sait qu’il est fort probable qu’il ne mangera pas ce soir, il commence vraiment à être insupportable !!! Une heure du mat. Je commence vraiment à flipper, deux mecs avec des fusils sur l’épaule passent sur le quai, des policiers sûrement !! Ils marquent un temps d’arrêt devant la fenêtre et nous dévisage à leur tour. Au lieu de me réconforter de la présence de la police, ça ne fait que m’inquiéter un peu plus !!! Je perds patience devant les râleries de Jérôme !!! Il broie du noir !!!! Il me dit que demain, il prend le premier avion pour Paris et s’en va fumer. La grosse bonne femme a visiblement compris que j’avais besoin d’être rassurée !!! Elle me parle en Hindi, me montre ses bijoux. J’ai les yeux humides, j’ai envie de pleurer mais son regard protecteur m’apaise. Elle a réussi son coup !!! Il ne faut pas que je craque !!! Je me reprends avant le retour de Jérôme. Si on craque les deux ensemble, c’est foutu !!! C’est ça un couple me semble t’il ?? Le train repart à 2h30, après trois heures trente à quai et plus de 12h dans la bétaillère. Il reste 10 km, nous pensons que nous allons bientôt arriver mais à tord !!! Pour l’hôtel, c’est foutu !!! Nous n’avons plus qu’à trouver un petit café dans la gare et nous préparer à une nuit blanche !!!! Nouvel arrêt à deux kilomètres de Varanasî !!! Nous en sommes à espérer de passer le plus de temps possible à quai !!! Retarder le moment où nous serrons lâcher dans la gare et attendre l’instant où l’on se fera dépouiller de toutes nos affaires !!! Les gens ont arrêté de nous fixer, ils connaissent le moindre de nos traits. On nous regarde désormais avec chaleur, on échange quelques petites blagues !!! Même le gros molosse à la tête de brigand finit par nous sourire !!! Je commence à tomber de sommeil, je m’endors, 2 minutes… me réveille en sursaut, il faut surveiller les bagages !!! Il est 3h30, je fume une clope sur le quai pour me réveiller, je suis sereine, le jour se lève dans un peu plus de deux heures !!! Je commence à quitter mes angoisses sur nôtre arrivée en gare. Après trois quarts d’heure à quai le train repart !!! Nous arrivons enfin à Varanasi, il est 4 h. Les quais sont bondés de monde !!! Les passagers viennent nous serrer la main pour nous dire au revoir. Nous errons un moment dans la gare, à la recherche de nourriture, rien !! Juste des vendeurs de Chai, le si bon thé sucré au lait et à la cardamone dont je raffole. On sort de la gare, rejette les assauts des chauffeurs de taxis, rickshaws et autres !!! A 200 m de la gare, une grande avenue toute éclairée, mais rien à bouffer !! Nothing !!! Ben qu’est-ce qu’on fait ??? Il est cinq heure, on va à la Yogi lodge, ils doivent être réveillés ???!! Nous négocions avec un chauffeur de rickshaw, il veut bien nous emmener à la Yogi, sans détour par d’autres hôtels. Marché conclu. Nous traversons Varanasi, en direction de la vieille ville au bord du Gange et de ses si célèbres ghats. Nous passons au milieu d’un marché de légumes !!! A cette heure-ci ???!! Le chauffeur s’arrête en plein milieu d’une rue, il faut continuer à pied. Ça me fait penser, il y a quelques années, à mon arrivée à Marrakech en pleine nuit. Un enchevêtrement de petites ruelles désertées, dégueulasses, glauques !!! Juste quelques chiens errants, quelques rats… de quoi se demander qu’est-ce qu’on fout là !!!! Jérôme grommelle toujours : « Ben c’est ça l’Inde ??? Super, demain je rentre à Paris ». Arrivés à la Yogi, la grille est fermée. Nous tambourinons, le type nous ouvre. On lui dit qu’on a réservé une chambre, il nous dit que c’est complet, qu’il n’a pas de réservations !!! Que son patron a sûrement reloué la chambre ne nous voyant pas arriver !!! Le chauffeur nous propose alors ses hôtels où il touchera sa commission. On n’a pas trop le choix non ??? Arrivés devant un gros portail de fer, il tambourine…rien ! Il tambourine un peu plus fort, on entend un grommèlement mais personne ne vient ouvrir. Il gueule, on entend gueuler de l’autre côté. Le chauffeur nous dit qu’il est aux toilettes. Ça commence bien !!! Un type d’une quarantaine d’années finit par nous ouvrir, en pagne, bayant et se frottant les yeux !!! « Namaste. Do you have a room ???? - Yeeeeeeeeesssssssssssssss. - Ok good and what’s your price ??? - What… do you wannnnnnt ??? ( le chauffeur nous avait dit 250 rps) - 200 rps ??? - okéééééééééééé. (il baye toujours) » Il nous montre la chambre. Pas de fenêtres, ça pue le moisi, le renfermé !!! Il nous dit que demain il nous donnera une autre chambre. Ok, ok it’s good !!! Au moment de remplir le livre de passage, c’est à mourir de rire. Il est vraiment dans le coltard !!!! Il commence par prendre le passeport de Jérôme à l’envers mais il met deux bonnes minutes à comprendre !! Trois bonnes minutes à trouver la bonne page. Il baye, s’étire, laisse sortir quelques grattements de gorge et finit par noter : MR Marcal. Il a fallu qu’il aille chercher son deuxième prénom qui de plus est Marcel et non Marcal, écrit en tout petit après son nom et son prénom écrit en gros. Il passe dix minutes sur la ligne de Jérôme. Et un quart d’heure sur la mienne !!! Un moustique lui tourne autour, il se fout des baignes mais le rate à chaque fois !!! Il est vraiment trop drôle ce gars-là !!! Je l’adore déjà !!!! Je suis en train de signer quand il m’éclate la main sur son cahier !!! Cette fois il l’a eu !!! « Thank you for mosquito !!! » Il est 6h passé quand nous nous couchons !!! Belle entrée en matière, bienvenue en Inde
A midi, nous sommes levés !!!! Il faut qu’on mange !! Il faut que je montre à Jérôme que le décor d’hier soir a disparu et a laissé place à une symphonie de couleurs !! L’hôtel nous fournit un plan mais nous comprenons bien vite qu’il est inutilisable, celui de nôtre lonely planet aussi !! Comment faire un plan de cet enchevêtrement de petites ruelles ??? Et même si on y arrivait, comment le suivre ??? Nous sommes constamment sollicités, à droite par un rabatteur, à gauche par une petite meute de chiens galeux, devant par la vache à éviter, derrière par le rickshaw qui nous fonce droit dessus en klaxonnant !!! Nous ne contrôlons pas nôtre marche, on se laisse emporter, guider par la cohue, pour déboucher sur une nouvelle ruelle, qui débouchera sur une autre et ainsi de suite. Jusqu’à s’arrêter, sortir la boussole et reprendre nôtre cap, l’est, direction le Gange et ses ghats. Ça pue !!! Mais ça pue !!! L’urine, la merde, la charogne, je ne trouve pas les odeurs d’épices, d’encens, que je m’imaginais trouver, rien de tout ça, c’est juste immonde !!! Ça me colle la gerbe !!! Le sol est inondé de merdes de vaches, de pelures de légumes, de déchets en tout genre mais ce qui nous interpelle le plus ce sont les viscères, les têtes de chèvres, les restes d’animaux qui gisent tous les deux ou trois mètres !!! Et avec la chaleur…je vous laisse imaginer l’odeur ! Nous apprendrons plus tard que c’était un jour de sacrifice. Nous n’arrivons pas à trouver un restaurant, il y a bien des pancartes peintes sur les murs mais nous ne les trouvons pas !!! Il y a quelques vendeurs ambulants mais là c’est pas possible !!! Quand on voit dans quoi ils cuisinent… Nous sommes vraiment faibles, pris de vertiges, de nausées, c’est difficile. Nous finissons par trouver un petit resto à côté d’un cyber. Le gars me conseille un Chicken butter massala. Pas de problème, donne moi ce que tu veux !!! On veut juste manger !!! Jérôme prend la même chose. La panse pleine, nous filons au cyber, rassurer les mamans qui s’inquiètent à chaque nouveau déplacement !! Fini pour aujourd’hui, on rentre à l’hôtel, on veut dormir !!!
Après une arrivée difficile, nous avons eu vite fait de se laisser ensorceler par la magie indienne !!!! Nos pas s’enchainent avec automatisme, enjambant naturellement les bouses, les tas d’ordures !!! Les viscères ont disparu, l’odeur de charogne aussi. Nous arrivons à laisser nôtre regard se poser tranquillement sur la beauté d’un sari en soie brodé de fils d’or, sur un étal d’épices, sur un vendeur préparant du chaï, sur les trésors architecturaux qui se dissimulent un peu partout, héritage des colonisateurs, ou folie de quelques maharajas !!! Nous arrivons même à nous délecter de la cuisine de rue qui nous répugnait un jour plus tôt. Mais comment vous faire voir tout ça ?? Comment vous faire sentir toutes ces odeurs ??? Comment arriver à vous faire saliver ??? C’est juste indescriptible !!! Quand Lucille est revenue de son voyage en Inde, elle m’a tout longuement décrit. En regardant ses petits yeux émerveillés, j’imaginais beaucoup de chose, mais pas ça !!! J’étais tellement loin de ce qui se passe ici !!! Et quelle ferveur !!! Ça nous saute à la gueule !! Chez les hindous, la religion est la priorité dans tous les foyers, peu importe la caste, peu importe la richesse, dans tous les cœurs, on pense karma, samsara et moksha. Tout est régie par des codes, le dharma. Les premières et les dernières heures de la journée sont réservées aux pujas, sortes de prières. Chaque jour est dédié à un dieu mais libre à soi d’idolâtrer l’un ou l’autre en particulier. Varanasi est la cité de Shiva, l’un des trois dieux les plus importants de l’hindouisme. Bénarès, rebaptisée Varanasi, venant du Varana et de l’Asi qui se rejoignent ici dans le Gange, est donc l’un des lieux les plus sacré de l’Inde. Les pèlerins sont nombreux. On les voit à longueur de journée plonger dans les eaux du Gange pour se laver de leurs péchés, ou pratiquer leurs pujas, en jetant colliers de fleurs et poudres colorées dans le Gange et récitant inlassablement leurs prières. Encore plus nombreux, les personnes âgées, qui souhaitent pousser ici leur dernier soupir. Mourir ici permet d’atteindre le moksha et ainsi mettre un terme au cycle des réincarnations. Nous ne pouvons qu’être touchés par autant de ferveur !!!
Ce matin, nous nous levons à 5h, pour faire une ballade le long des ghats en bateau. Un épais brouillard nappe le Gange, des dizaines de femmes en saris s’immergent dans les eaux polluées, faisant leurs pujas, jetant les fleurs, les poudres et de la nourriture en offrande à mère Ganga. Les hommes nus se savonnent, tout en buvant cette eau sacrée. Des sâdhus prient, assis en position du lotus. On fait tinter des clochettes, l’encens se mélange au brouillard. Des dizaines de petites bougies flottent à la surface de l’eau. Sitars, tablas, cymbales accompagnent les rituels. L’ambiance est des plus mystique, irréelle. Nous sommes une nouvelle fois frappés par toute cette ferveur, par autant de manifestations. Nous nous prenons même à faire une offrande à mère Ganga. Quand je laisse glisser la bougie sur l’eau je pense à mes proches, je prie pour leur bonheur. Nous nous rapprochons des ghats de crémations, une dizaines de feux sont en train de libérer les âmes de leurs enveloppes, vers la délivrance du moksha. J’ai envie de dire à nôtre batelier de ne pas trop s’approcher mais je n’y arrive pas. Pour lui, ça fait parti du circuit touristique, mais je n’ai pas trop envie de revoir ça. On se rapproche malgré tout jusqu’à une dizaine de mètres des buchers, la fumée nous enrobe, j’ai des nausées, pourtant ça ne sent pas vraiment mauvais... une odeur de bois brûlé et de grillades... Quand il se décide enfin à partir de cet endroit qui me met si mal à l’aise, nôtre regard se pose sur ce qu’il aurait préféré ne jamais voir !!! Nous passons à deux mètres d’un corps à moitié carbonisé dérivant sur le fleuve… nôtre batelier le regarde à peine, rien de choquant pour lui !! Il flotte tranquillement, à quelques mètres des baigneurs qui se purifient dans cette eau dégueulasse !!!! Comment peut-on être autant aveuglé ???? Je respecte la religion mais là c’est trop !!! Ça ne les gène absolument pas de se baigner dans du jus de cadavre ??? Ils mettent leur santé en danger et ils croient se purifier ?? De plus, treize bouches d’égouts déversent en continue les excréments de près de deux millions de personnes. Et on les laisse se baigner, boire cette lotion fécale, ce bouillon de culture parce que c’est la tradition ??? Nous sommes dépassés !!! Nous n’arrivons plus à penser, nôtre cerveau n’arrive plus à digérer tout ce que nous voyons. Nous sommes épuisés, lessivés, alors que la journée commence à peine !!! Nous rentrons à l’hôtel. Malgré sa vétusté, malgré sa tenue qui laisse à désirer, malgré les nombreux rats que nous avons pour colocataires, nous nous y sentons extrêmement bien, c’est nôtre havre de paix !!! En Inde, les femmes ne travaillent pas, ou rarement, c’est donc une petite dizaine d’hommes que nous avons à nôtre service. Il y a le boss avec qui on a fait connaissance la nuit de nôtre arrivée, il aurait eu sa place dans le casting de « La cage aux folles ». Il y a Dani, avec qui on a beaucoup d’échanges, qui nous parle sans tabou et avec humour de sa société. Et… les deux cuisiniers !!! Qui sont juste à mourir de rire !!! Quand ils nous font répéter plus de dix fois nôtre commande, pour finir par revenir un quart d’heure après pour nous demander qu’est-ce qu’un « grilled chicken », comment ça se cuisine et quelle quantité de poulet ils doivent mettre. Ou quand ils essaient d’ouvrir un pot de confiture contre un petit muret au risque de le faire éclater… Jérôme leur montre alors, que le couvercle se dévisse, les laissant fascinés devant cette découverte. Ou alors quand il reste à côté de nous après avoir apporté le plat, nous regardant manger jusqu’à la dernière miette pour s’assurer qu’ils sont des cuisiniers hors pair !! Une fois dans nôtre chambre, nous ne sommes pas à l’abris de quelques curiosités, on vient frapper à nôtre porte tantôt pour nous demander d’aider à réparer un robinet, tantôt pour nous demander une bouteille d’eau vide ou des fois juste pour nous demander si tout va bien. Ils sont vraiment trop drôles ces indiens !!! Mais le plus drôle de tous, nous l’avons rencontré sur un des ghats les plus fréquentés par les touristes. Un rabatteur !!! Il nous montre sa carte comme tous les rabatteurs le font. Je passe devant sans regarder mais Jérôme m’arrête : « t’as vu ce qu’il y a marqué ?? » Au stylo bille, au dos de sa carte, en français : « Boutique de merde, qualité de merde, prix de connards ». L’appat a attrapé le poisson, nous rigolons !!! Il nous répète, toujours en français : « -Tu veux pas v’nir dans ma boutique de merde, j’vend d’la qualité de merde et après j’te fais un prix d’connard ?? Où habitez vous en France ?? - Sud Ouest. Région d’connards !!! » Il nous aura bien fait rire celui-là , au moins il a réussi a attirer nôtre attention, pas con le gars malgré ses prix d’connard !!! L’Inde nous a touchés comme nous l’attendions, fascinante, fatigante, épuisante et « chiassante » !!!
Je ne vais pas vous raconter cette journée qui se résume à mes allers et venues aux chiottes de la guest !!! Je suis épuisée, vidée, blanche, translucide, frissonnante, résonnante !! Et jalouse !!! Jalouse de voir Jérôme qui pète le feu !! Il n’arrête pas de me dire : « Je boufferais l’Inde aujourd’hui !!! Tu veux pas sortir ??? - De suite !!! » et je file aux toilettes !!! Je lui dis d’aller se balader mais c’est un gentleman… hum… hum… tu parles il se chie dessus de sortir sans sa chérie !!! Si !!! Pour manger quand même !!! Pour ça, rien ne peut l’arrêter !!! Nous fêtons donc nos 4 mois de voyage, dans nôtre chambre miteuse de nôtre Guest joyeuse !!!
Nous avons cette fois opté pour nous faire acheter les billets… vu nôtre dernière expérience avec les trains indiens !!! Nous demandons à nôtre « grande folle indienne » non pas des billets de 1ère classe, faut pas pousser, mais pas loin !! On insiste : « Il est rapide hein ??? Express veut dire rapide ?? T’es sûr ?? » On se fait même accompagner jusqu’à la gare. Je vais un peu mieux aujourd’hui mais je suis encore trop faible pour galérer avec les chauffeurs de rickshaws. Le train entre en gare, nous trouvons nôtre wagon. Pour trouver les couchettes c’est un peu plus galère. Une à chaque bout du wagon, ça c’est intelligent !!! Bravo et merci !! Je guette les passagers de nos deux compartiments, prête à harponner la première personne seule pour faire un échange de place !! Je croise les doigts, petites étoiles venez à mon secours !!! Et la chance me sourit !!! Un touriste, la quarantaine et seul !!! C’est Jérôme qui se lance !!! Et le bonheur irradie mon visage !!! Nous pouvons nous installer !! Ce touriste est français, il nous rejoint pour bavarder. Un sacré baroudeur le gars !! Nous sommes en grande discussion très animée quand une espèce de grande conasse de touriste de je ne sais où arrive : « It’s my seat !!! » nous dit-elle sur un ton agressif. Qu’est-ce qu’elle veut la grognasse ??? Elle nous baragouine dans son anglais parfait qu’il y a un papier sur le quai, que tout le monde doit changer de place et nia nia nia et nia nia nia!!! Je lui réponds qu’il n’y avait aucun problème de place avant qu’elle ne monte dans le wagon !!! Jérôme et Christian vont quand même vérifier sur le quai !!! Ahh… ben elle a raison la grognasse !!! Oui mais quand même elle aurait pu faire preuve d’un peu plus d’amabilité !! Du coup on est tous dans le même compartiment, la conasse et son copain, Christian, et un autre touriste. Ils nous regroupent, touristes entre touristes, locaux entre locaux !!! Christian est vraiment super, nous n’arrêtons pas !!! Et ça jacte et ça papotte, et ça rigole, pour en finir à rêver de… charcuterie et de beurre salé !!! De fromage et de bon pain !!! Oh… une fricassée de cèpes avec un bon vin… un poulet fourré aux trompettes de la mort !!! Et les girolles… et les coulemelles… et les pleurotes… muhhhmmmmmmmmm !!! Nous nous couchons sur nos banquettes, l’eau à la bouche, dans la tête nos souvenirs de cueillette de l’an passé.
Nous n’avons pas fermé l’œil de la nuit !!! Le froid, l’inconfortable couchette, les allers et venues… A trois heure, nôtre wagon s’est fait prendre d’assaut !!! Du coup, nous partageons le bout de nos couchettes et nous nous retrouvons en position fœtale !!! Au sol, les gens sont couchés les uns sur les autres, c’est marrant !!! Heureusement, le train est censé arriver à 6h15 !!! A 6h, nous réveillons tout le monde !! Mais à 6h15, nous sommes toujours en train de rouler !!! A 7h également !! 8h ! 9h ! 10h ! Mes pauses cigarettes aux chiottes, sont difficiles ce matin !!! Il me faut déjà enjamber les dizaines de personnes assises par terre, que des hommes !!! Je traverse, sûre de moi, j’écarte l’attroupement devant la porte des chiottes sous les regards gluants de mes amis indiens !!! Mais quel bonheur cette petite clope du matin !!! Ohhh les cons !!!! Ils m’ont enfermée de l’extérieur !!! Je gueule derrière ma porte : « Ah Ah Ah !!! Very funny !!! » Ils finissent par m’ouvrir et tentent de me bloquer pour m’intimider. Je ne me laisse pas faire : « Stop men, your game is very stupid !!! There is a lot of good persons in India but you, you are not good !!! Bad karma for you !!! Please, I want to go now !!! » Ils me laissent passer, sûrement impressionnés par mon anglais… et sans me décourager pour revenir si j’ai envie de fumer. Je ne vais pas les laisser me gâcher mon plaisir de nicotine !! Jérôme est prêt à tout pour manger. Moi, je suis prête à tout pour fumer !!! A 11h, nous l’apercevons enfin !!! Il est là, on voit son imposante silhouette jaillir de la brume. Je suis toute émoustillée !!! Mon rêve, le Taj Mahal !!! « Oh toi, dont j’ai tant rêvé !!! » Nous arrivons à l’hôtel avec 5h de retard !!! Vive les trains indiens !!! C’est vrai qu’il était express comparé au dernier qui a eu 9 h de retard !!! Mais nous sommes largement récompensés !!! Cet hôtel !!! Mais quel confort !!! Lit immense, oreillers moelleux, douche chaude à l’interieur, parfait !!! Et pour 200 roupies !!! Merci Dani de nous avoir négocié ce petit palace !!!
Nous y sommes à l’aube. Légèrement rosé, les nuances sont douces, les traits parfaits !!! Il est splendide, délicat, vaporeux. Il est juste comme je l’imaginais, beau ! Le blanc de son marbre immaculé, sa symétrie parfaite, ses fleurs sculptées de milliers de pierres semi-précieuses, sa grandeur. Mais quelle folie Shah Jahan !!! Ça fait des années que cet acte d’amour me fait rêver, je savais au plus profond de moi qu’un jour on serait présenté, c’est aujourd’hui et avec Jérôme !!! Si je suis autant fasciné par ce lieux ce n’est pas pour cette performance architectural sous l’Empire moghol. Mais par toute l’extravagance, la folie et le désespoir qui poussa l’Empereur Shah Jahan à construire ce mausolée pour sa femme Mumtaz Mahal morte lors de l’accouchement de son 14ème enfant en 1631. Les travaux aboutirent 22 ans après. 20 000 ouvriers furent employés. La légende dit que l’ Empereur fit tuer la femme de l’architecte pour que celui-ci ressente la même douleur et construise en conséquence un bâtiment à la hauteur de son désespoir. La construction achevée, il fit tuer l’architecte pour être le seul à pouvoir regarder le mausolée en pensant à sa femme. Il fit également couper les mains des 20 000 ouvriers, enterrant ainsi, le savoir faire développé autour du Taj Mahal. Malheureusement pour lui, il fut renversé peu de temps après par un de ses fils et emprisonné. Il ne put contempler le mausolée que de la fenêtre de sa cellule du fort d’Agra, jusqu’à la fin de ses jours.
« Jaipur » m’évoquait le nom d’une délicieuse glace onctueuse à la datte et aux épices que l’on prenait mon frère, ma mère et moi au glacier de Carrefour. Mon frère, à son image, me faisait partager ses connaissances : « C’est le pays des Maharajas, des princes, des princesses, des éléphants couverts d’or… » Un souvenir de gamine, mais naïvement c’est l’image que je gardais de cette ville, l’onctuosité et le raffinement de cette fabuleuse glace. Pour le trajet, nous avons opté pour le bus et nous avons bien fait. Pas de long retard, pas de train surbondé, peu de mecs aux regards gluants. Nous avons partagé les 6 heures de route avec Pinky, son fiancé Nishant et Mangal. Ce fût un régal que de partager ce temps-là avec eux. De partager les galettes de pomme de terre que la sœur de Mangal lui avait préparées et le Chaï de Pinky et Nishant. De partager un peu de nos vies. Nishant et Pinky tenaient à nous aider à trouver un hôtel dans nos prix qui leur paraissaient insuffisants pour Jaipur surtout en haute saison, tout étant apparemment complet. A l’arrivée, indiens comme touristes nous nous faisons harceler par les rabatteurs, chauffeurs d’auto rickshaws et autres. Ils sont teigneux, agressifs, plus qu’ailleurs !!! Pinky ne se laisse pas faire, c’est une jeune fille de 23 ans mais quel charisme, elle en impose !! Elle demande le prix des hôtels aux rabatteurs, 500 roupies, 600 roupies, 900 roupies, trop cher et elle les envoie paître !! Finalement, c’est Nishant et Jérôme qui partent à la recherche d’une chambre pendant que nous attendons autour d’un chaî. Une demie heure après, je vois la mine désolée de Jérôme et de Nishant revenir. Ils ont bien trouvé des hôtels mais ils ne veulent pas d’étrangers !!! Mais c’est quoi cette ville ??? Pour ne pas embêter nos amis, nous les remercions en leur disant qu’on a l’habitude et qu’on va finir par trouver quelque chose. Ils ont l’air fortement embêtés et finissent par nous quitter en nous disant, que si nous ne trouvons rien, de les appeler et qu’ils nous hébergeraient. Nous nous retrouvons seuls face aux fauves !! Tout un attroupement se fait autour de nous, nous décidons d’aller au premier hôtel de la liste du Lonely planet, Devi Niwas même si les prix sont déjà chers. Nous négocions un rickshaw. Et d’un coup je me fous à gueuler comme une folle : « ça va pas la tête ??? » un abruti vient de me mettre la main dans le trou de balle avant de s’échapper en courant. Jérôme veut aller lui casser la gueule, les chauffeurs de rickshaws le retiennent. Je suis dégoutée, enragée !! J’avais pourtant mon sac à dos mais… Quelle ville de merde !!!! Le chauffeur de rickshaw reprend son business… « et regarde mon livre d’or, t’as vu comment les gens m’aiment, et je suis pas cher, et regarde les photos de tous mes amis étrangers, et, et, et… » Tu nous emmerdes !!! Conduit et ferme ta gueule !!! Il finit par la fermer et nous laisser découvrir la ville à bord de son bolide. Ça grouille dans tous les sens, même en Chine, je n’ai pas vu un merdier pareil !! Dans la cohue, un mouvement de foule se crée, un papy vient de passer sous un bus, il ne bouge plus… Le chauffeur continue sa route en nous disant que la ville est très dangereuse. Ahhh… Bon… C’est pas la peine d’inventer des manèges à hautes sensations… venez à Jaipur faire un tour de rickshaw !!! Elle est où ma glace onctueuse ??? Vous êtes sûrs qu’il y a des palais encore ici ??? Nous arrivons à l’hôtel et comme quoi, nous avons quand même des petites étoiles bienveillantes au dessus de nos têtes… Il lui reste juste une chambre !!! Comme on est un peu sado-maso, une fois installés, nous repartons mais cette fois-ci à pied !! J’ai l’impression d’avoir parcouru 15 km quand nous apercevons enfin le rempart rose qui encercle la vieille ville, qui pourtant, est juste à 1 km !! A ses pieds, les mendiants, tels des cloportes qui pullulent le long d’un mur, ils s’accrochent, nous baisent les pieds, nous supplient, ne nous lâchent pas dans l’espoir de nous faire céder !!! Je me montre infaillible, indifférente mais à l’intérieur c’est tout mon corps qui se révolte et bouillonne devant autant de misère !!! Pourquoi autant d’inégalités ??? Ç’en est trop pour nous aujourd’hui, nous ne digérons plus rien. Nous préférons rentrer dans nôtre havre de paix pour touristes, bien loin des caniveaux puants, bien loin de l’insupportable !!!
Nous ne sommes pas là pour rester dans une chambre d’hôtel !!! On va quand même aller les voir ces palais qui me font tant rêver. Nous repartons à pied, aidés de nôtre plan merdique. Nous arrivons enfin devant une des gigantesques portes d’entrée. Au plus grand désespoir de Jérôme, je suis bien décidée à le visiter et avec lui !! « - C’est nul !!! Les monuments j’en ai rien à carer !!! - Mais non, tu vas voir, c’est pas juste un tas de cailloux bien agencés, c’est un palais !! Je suis sûre que ça va te plaire !!! » En disant ça, j’imaginais vraiment visiter quelque chose d’incroyable, entrer dans la vie des Maharajas, qui, à Jaipur, il y a encore une quarantaine d’années, était d’un faste inimaginable. Ayant lu dernièrement un livre sur le dernier Maharaja régnant ici, j’imaginais que la visite ne pouvait être que fabuleuse et que je trouverais enfin tout le raffinement de ma glace !!! Mais franchement, la visite est décevante !!! Le palais est complètement vide, juste quelques pièces sont ouvertes, où sont exposés des tissus magnifiques, des armes et 2 jarres gigantesques en argent !!! Juste la salle d’audience privée, conservée dans son état d’origine, est à la hauteur de ce que j’imaginais. Tout le reste est soit fermé, soit dépourvu du moindre apparat. Si pardon, une salle est vivante et animée : le magasin !!!! Des artistes y vendent leurs œuvres à des prix exorbitants !!! Vu le prix de l’entrée, c’est vraiment du foutage de gueule !!! Nous errons toute la journée dans les rues de Jaipur. En faisant abstraction des nombreuses boutiques aux vendeurs surexcités, de la circulation chaotique et des mendiants rachitiques, nous arrivons quand même à découvrir quelques joyaux architecturaux délabrés et dissimulés derrière des amas d’affiches de pubs kitchs au possible !!! C’est un désastre !!! Beaucoup de bâtiments sont à l’abandon totale, certains sont au bord de l’écroulement !!! Ma glace aurait-elle fondue ??? Toujours est-il que nous ne nous sentons vraiment pas biens ici, trop fatigués, trop oppressés… déprimés !!! Nous reprendrons la route dès la première heure demain, pour Puhkar. Nous espérons trouver là-bas, un petit village paisible, nôtre eldorado indien.
Décidément c’est vraiment une ville merdique !!! Elle a attendu la dernière minute pour réserver à Jérôme un « au revoir » à son image, merdique !!! Le rickshaw nous dépose devant les marches de la gare routière. Il y a un caniveau rempli d’excréments suspects, bien opaque et surtout inratable. Je m’engage sur la droite pour le contourner, repoussant les supplications d’une jeune mendiante. Jérôme marque un temps d’arrêt devant le caniveau, il le regarde et y fout le pied gauche dedans. Mais pourquoi ??? Il en a jusqu’en haut de la cheville !!! Les badauds, la jeune mendiante et moi-même nous retrouvons partagés entre l’éclat de rire et la stupéfaction. Mais pourquoi il y a foutu le pied dedans ??? Il est en tongs et chaussettes, c’est dégueulasse !!! La jeune mendiante lui vient de suite en aide et le guide jusqu’à un robinet. A l’aide de son écuelle, elle aide Jérôme à se rincer le pied, à enlever le plus gros, les morceaux. Bien sûr nous lui donnons 5 roupies pour la remercier. Et la coquine, évidemment, avertit les copains, elle gueule, sautillant, son billet en mains !!! À peine deux minutes ont suffis pour rameuter tout le quartier de la gare !!! Ils sont une dizaine autour de nous. Une mère me jette son bébé visiblement en carence alimentaire à la figure, pendant qu’un petit garçon baise le pied maculé de merde de Jérôme. Par chance, le bus pour Ajmer où nous prendrons une correspondance pour Pushkar est prêt à partir. Nous grimpons tant bien que mal, secouant les jambes pour nous débarrasser de nos boulets !!! Le bus démarre. Jusqu’à-ce-qu’on sorte de la gare routière, nôtre petit troupeau de brebis galeuses nous supplie, gémissant en courant à côté du bus. Quand j’emploie des termes crus comme ça, ce n’est pas péjoratif, une brebis, galeuse ou pas, reste une brebis à mes yeux !!!! Elle mérite autant de choses que les autres !! C’est une histoire de chance et de malchance !!! Dans ces moments-là, c’est juste insupportable de ne pas être en mesure de faire quelque chose. Et d’en arriver à penser que l’on a perdu son cœur en refusant d’offrir un roupie ou un chapati. Mais il y aurait tellement de chapatis à offrir que même ma vie entière, à temps plein ne suffirait pas. Et ça c’est vraiment difficile à assumer quand la misère est juste sous nôtre nez !!! Nous arrivons à Pushkar à 12h30, nous avons négocié une chambre dans le bus, nôtre voisin était patron d’une guest house. Sur la carte : Big swimming pool, internet, restaurant, hot-shower… Il a une chambre à 100 roupies, nous sommes un peu sceptique mais nous le suivons. C’est une grande bâtisse neuve construite à l’ancienne. Nôtre chambre avec grand lit et salle de bain donne sur un jardinet parsemé de bananiers et de philodendrons. Nous lui faisons répéter le prix dans le doute. C’est bien ça, aurait-on trouvé nôtre eldorado ??? Bien que crevés, nous partons aussitôt pour le centre du village. Pushkar est la cité de Bhrama, le dieu de la création, le plus important de tous. Il n’ y a qu’un seul temple dans le monde dédié à ce dieu et c’est ici, dans ce gros village de 20 000 habitants. La citadelle est lovée autour d’un tout petit lac, les maisons sont enrobées de chaux teintée de bleu qui apporte à ce paysage semi-désertique une douceur presque irréelle. Après Jaipur, on se croirait au paradis !!! Il y a bien un peu d’agitation !! L’artère principale, un grand déballage : tissus brodés incrustés de miroirs, huiles essentielles, vendeurs de cartes postales, librairies, restaurants, cyber cafés… Tout pour satisfaire le touriste !!! Mais nous pouvons circuler sans devoir faire face à une meute de vendeurs enragés. Le seul petit hic, c’est qu’elle est tellement sacrée cette ville, que la viande, les œufs et l’alcool sont interdits. Au plus grand désespoir de Jérôme !!! Il va falloir te mettre au vert mon petit cœur !! Malgré le charme et la paisibilité de cette ville nous sommes fatigués, épuisés, maussades. Nous avons du mal à apprécier à sa juste valeur ce qui nous entoure. Nôtre corps ne répond plus, les sourires deviennent forcés, nos discussions ennuyeuses. Depuis que nous avons quitté Varanasi nous n’avons fait aucune rencontre, on en est arrivé à se méfier de tout le monde, nous sommes devenus hermétiques !!! C’est peut-être normal au bout de 4 mois de bourlingage de se sentir vidés comme ça… Il y a aussi peut-être l’approche des fêtes de fin d’année, l’envie de se retrouver en famille… Toujours est-il qu’on ne souhaite que dormir.
Nous avons passé la journée d’hier à chercher un vol pour rejoindre l’Indonésie, sans résultat ou hors de prix !!! Ça a fini de nous mettre le moral à zéro !!! Hier soir, devant nôtre plâtrée de riz, on en est venu à se dire qu’on se faisait sacrément chier !!!! On s’emmerde !!! On s’emmerde !! Oui ça arrive, même en voyage !!! Il n’y a plus de piquant, plus de rencontres, il faut réagir !!! Et on a réagi, on a pris la décision de changer nos plans !!! Première solution, partir dans le sud de l’Inde mais pas possible, il faut qu’on passe une semaine sur Delhi pour faire le visa indonésien, il ne nous reste pas assez de temps pour faire le trajet et profiter du sud !!! Deuxième solution, passer par Bangkok !!! Et pas con comme idée !!! Le billet d’avion est pas cher, on peut faire nôtre visa indonésien là-bas et en plus on pourra prospecter pour avril quand la famille débarquera !!! Du coup, pas de Delhi !!! Ça c’est une super idée !!! Regonflés à bloc, nous arrivons enfin à apprécier Pushkar !! Nous faisons dans l’après-midi tout le tour du lac et avec le sourire !! Ça fait du bien de se retrouver !!! On se remet à papoter, à s’interroger devant toutes les scènes qui se déroulent devant nos yeux, c’est bon…
Chose dite, chose faite !!! Nous voilà en possession de deux billets pour Bangkok !!! Départ le premier janvier 2009 à 11h55. Pas de foie gras ni de Jurançon pour nous cette année, on verra ce que nous propose la Thaï Airways, qui sait… Nous avons également acheté deux billets de bus pour Jaisalmer, nous partons demain soir !!! Dernière escale indienne, le désert du Thar !!! A nous les chevauchées à dos de chameaux !!
Encore une nuit blanche dûe aux transports indiens !!! Le gars nous avait dit : « oui oui il y a des couvertures !!! » T’as gagné, on s’est pelé toute la nuit !!! Nous étions au premier étage, sur une couchette deux places qui aurait pu être confortable si nous n’avions pas le froid dessus et s’il y avait une barre sur le côté pour nous retenir !!! C’est que ça secoue sur les routes indiennes !!! Couchés sur nos sacs, scotchés l’un à l’autre le plus près possible de la vitre pour éviter la gamelle !!! Les allées et venues, l’envie de pisser, les coups de klaxons, le froid… impossible de dormir !!! Michael et Annie nous avaient dit, vous verrez à Jaisalmer les chiens sont des fauves, des tueurs et les vaches chargent… Nous arrivons de bonne heure, il est peut être 7h, je ne sais pas vraiment mais nous sommes arrivés à l’aube. Première opération, se débarrasser des chauffeurs et des rabatteurs qui deviennent de plus en plus coriaces, où c’est peut-être nous qui devenons de plus en plus impatients !! Nous n’y allons pas de main morte, tout en étant polis, on les rembarre et ils finissent par se lasser et nous laissent boire nôtre chaï en attendant le jour. Nous pénétrons dans la vieille ville par Gandi Chowk, les rues sont désertes, quelques badauds peu nombreux et des chiens et des vaches !!! Les mots d’Annie résonnent dans ma tête : « C’est des tueurs ceux-là !!! » Je dissimule ma peur, ce sont nous les maîtres !!! Eux ne sont que des chiens !!! Et comme tout moment pénible, tout est fait pour nous emmerder, pas d’hôtels, où nous ne les voyons pas. Nous errons un moment, ne trouvant seulement quelques palaces hors de prix. Jérôme est en train d’uriner dans une pissotière, je l’attends devant. À une dizaine de mètres, un chien fait les poubelles, et quand il me voit, il se met à grogner et à aboyer. Visiblement il ne cherche pas des papouilles celui- là!! Il est vite rejoint par sa meute. Un gars arrive, et au lieu de nous sauver, il fait demi-tour !! Alors si même les locaux ont peur, c’est pas gagné cette histoire-là !!! Je dis à Jérôme : « Rentre vite ta zigounette, ça pue la rage et le carnage par là !!! » En homme qui se respecte, il se fout de ma gueule un moment mais fini par me suivre dans mon : « demi tour, on se casse de ce bourbier !!! » Nous finissons par trouver un hôtel juste en face du fort, la vue est surprenante !! Nous sommes dominés par la citadelle, un immense château de sable érigé en plein désert, mais nous dominons également la vieille ville !! La lumière montante inonde les parois, la ville se teinte d’ocre, un mirage se produit-il devant nous ??? Une fois rafraîchis par un débarbouillage à l’eau froide, nous réalisons que nous sommes le 24 décembre, c’est Noël !! Nos familles préparent sûrement la table gargantuesque de Noël agrémentée de foie gras, de saumon fumé, de viande tendre et bien rouge… Beau-papa a dû déjà choisir les vins qu’il sortira pour l’occasion… Ohhh mais que c’est dur de penser à tout ça !! Nos ventres gargouillent… J’imagine aussi toute l’ambiance qui entoure ces fêtes, la rue Serviez, les gens qui se bousculent devant les vitrines animées, stressés parce qu’ils s’y sont pris une nouvelle fois au dernier moment, pestant, alors que l’année d’avant ils s’étaient jurés de s’y prendre à l’avance pour trouver « le » cadeau qui fera plaisir !!! Les odeurs de sucreries, de marrons chauds, de chocolat quand on passe devant chez Josuat… Tout ce déballage, ses dépenses finalement pas très utiles mais que j’affectionne tant… Je pense aussi, à mes anciens collègues de boulot. Je les imagine carburant au café et à la vitamine C, devant la foule de clients qui attendent patiemment de se faire confectionner un bouquet !!! Je pense à Sophie, priant de tout mon cœur pour que son magasin prenne son envol !! Que les gens découvrent son talent et sa personnalité détonante !!! Je pense que nous sommes bien loin de tout ça… devant nôtre plâtrée de riz, nôtre curry de chou-fleur et nôtre bouteille d’eau minérale !! Jérôme me sort de mes rêveries de foie gras et de saumon fumé !!! « - C’est Noël ma chérie !!! - Oui ben je sais que c’est Noël !!! - Ce soir on dépense sans compter !!! Viande, vin, apéro !! Noël quoi !! » Le gérant de l’hôtel nous conseille un resto chic mais abordable ! Excitée comme une puce à l’idée de fêter Noël, je file à la salle de bain tenter un petit ravalement de façade. Après m’être lavée à l’eau froide, je mets de la crème solaire en guise de parfum, sorts du fond de mon sac le petit crayon de khôl que j’avais emmené dans un excès de zèle et choisis ma plus jolie tenue qui se résume à mon seul pantalon propre que je trimballe depuis plus de quatre mois, une tunique marron que j’ai achetée à Pushkar et un châle sur les épaules. Un foulard dans les cheveux pour cacher ma tignasse toute grasse que je n’ai pas réussi à laver depuis une semaine tellement l’eau est glaciale…et le tour est joué !!! Je ressemble à une vraie fille. Je n’ai pas l’habitude de me complimenter mais une fois devant la glace, je me trouve pas dégueux et même plutôt charmante !!! Visiblement, vu l’état de Jérôme à ma vue, c’est réussi !!! Le restaurant se trouve sur un toit, aménagé sous des tentes. Un portier enturbanné nous accueille d’une révérence, que je lui renvoie en lui souhaitant un joyeux noël !! Il a sûrement dû me prendre pour une tordue de touriste, mais j’adore les révérences !!! Et c’est noël !! J’ai envie de crier à tout le monde : « Joyeux Noël Madame, Joyeux Noël Monsieur, Joyeux Noël saloperie de chien, Noyeux Joël mon chéri… » Mais ici, tout le monde s’en fout de Noël !! J’ai bien eu quelques retours de touristes, quelques… Mais après tout nous aussi on s’en fout !!! On est là, tous les deux en amoureux et on va manger de la viande et boire du vin !!! Pour l’apéro, nous tentons de demander un ricard mais le gars nous regarde bizarrement. Nous lui demandons ce qu’il a… de la bière, ben c’est très bien de la bière !!! Et vous avez du vin ??? 1000 roupies (15 euros) très bien… gloups ! Nous portons donc un toast avec une bouteille de King Fisher chacun, tout en nous délectant devant cette si merveilleuse carte richement ornée de mots comme : mouton et poulet ! Le garçon, bien apprêté dans son costume trop serré pour lui, vient prendre la commande. Il nous regarde tout le long d’un air soupçonneux et, quand on arrive au vin, il répète à plusieurs reprises le prix de la bouteille. Bon ça va, on a compris qu’il était à 1000 roupies !!! C’est pas parce qu’on a des claquettes en plastique premier prix qu’on ne peut pas se payer une bouteille de jus de raisin !!! Ça c’est dingue quand même, il n’y a pas de juste milieu !!! D’habitude, on nous prend pour des billets de 100$ sur pattes et maintenant on veut nous faire passer pour des clochards !!! On est juste Céline et Jérôme, jeune couple anciennement dynamique et de catégorie moyenne qui souhaite se faire plaisir pour Noël. Pour se faire plaisir, on se fait plaisir !!! Je n’ai jamais vu des assiettes aussi grandes !!! Dans la mienne, au moins un poulet entier mariné dans du tandoori, des beignets de légumes, du tofu, un nan, papad, une salade au fromage, ananas et poulet liée d’une sauce façon mayonnaise, du choux, de la canne à sucre… un festin !! Jérôme a choisi un plat chinois, un poulet pour lui aussi, cuisiné avec une sauce soja et des champignons, on se régale !!! Et le vin… quel délice !!! Une production indienne réussie. Nous profitons de chaque seconde de ce moment privilégié, les yeux dans les yeux, ou perdus dans les bastions du fort. Pendant que nous nous goinfrons, à nos pieds, des centaines de personnes se partageront un ou deux chapatis en guise de repas... Les restos du cœur ne tiendraient pas une demie-heure dans ces contrées tant il y a de bouches à nourrir !!
Joyeux Noël !!! Les galères de transport reprennent !! Nous sommes partis à la gare dans l’après-midi pour réserver nôtre train qui nous conduira à Delhi pour prendre nôtre avion. Nous comptions partir le 30 et arriver le 31 pour éviter de séjourner sur Delhi. Le guichetier prononce ce mot qui résonne encore dans ma tête : « FULL » Il nous propose de nous mettre sur la liste d’attente du 29, ne nous garantissant rien. Tous les trains sont complets !!! Nous les prenons sans trop comprendre en quoi consiste la liste d’attente, de toute manière nous n’avons pas le choix, on verra !! Nous retournons voir Ali, le gars à qui on a acheté une tenture hier. On lui montre le ticket pour voir ce qu’il en pense. Il nous rassure, nous disant qu’il n’y a pas de raison qu’on n’ait pas de place, si Ali le dit… Ali est un vendeur de tapis et comme tout vendeur de tapis il essaye de t’arnaquer et en beauté !!! Il nous a alpagués hier dans la rue et cette fois-ci nous avons accepté avec plaisir son invitation pour boire un chaï !!! Nous avons discuté au moins deux heures dans l’arrière-boutique et j’ai fini par lui parler du business indien qui m’exaspère, lui disant qu’en France je suis souvent écœurée par ces vendeurs sans scrupules qui ne pensent qu’aux statistiques. Je connais bien ça pour y avoir baigné dedans !!! Mais qu’en Inde c’est l’apothéose !!! Que je ne comprends absolument pas cette manière de vouloir prendre les clients en otage, jouant avec leurs sentiments… Cette manière de chercher à les berner pour mieux les enculer !!! Nous avions deux discours complètement opposés, moi prônant la sincérité et lui prônant la charité !! Disant qu’il n’a pas le choix, qu’il a une grande famille à nourrir, qu’il faut que nous les comprenions. Un discours de sourd, le décalage est trop grand, je ne vois même pas pourquoi j’ai tenté d’aborder ce genre de discussion !!! Pour qui je me prends sans déconner ??!! Mais c’est vrai que ça m’exaspère d’entendre parler à longueur de journée de « karma », de les voir dépenser beaucoup d’argent dans tout ce qui est religieux afin d’avoir un bon karma, de dépenser des milliers de roupies dans tous ces apparats parce que c’est la tradition. Et d’oublier son karma quand on se retrouve en face d’un touriste plein de fric !!! En bon vendeur il a fini par me déballer ses tapis. Nous n’étions pas venus dans l’idée d’acheter quelque chose et surtout pas dans l’idée de dépenser plus parce ce gars est sympathique, qu’il a vraiment besoin d’argent et que nous sommes ses seuls clients de la journée !!! Mais… « C’est vrai que cette tenture est très jolie !!! » Je lui demande alors combien il la vend. 1350 roupies me répondit-il sûr de lui !!! Du tac au tac je lui réponds que son prix est bien trop excessif et que je ne lui en donnerais pas plus de 300 roupies !!! Je suis, à ce moment là, exaspérée, nous avions parlé pendant deux heures, il aurait dû se douter qu’il n’avait pas à faire à une américaine trop pressée pour compter !!! Sans déconner il a quadruplé le prix, voir plus !!! Il reprend sa plaidoirie, je le stoppe : « Je ne t’achèterai rien !!! Tes prix sont bien trop élevés !! » Il me demande pourquoi alors, on est rentré dans sa boutique. « Et bien parce qu’on est deux touristes sympas et polis !!! » Il n’a rien eu à répondre à ça. Je ne pensais à aucun moment que j’allais repartir avec la tenture sous le bras mais quand il a insisté pour que j’augmente mon prix, je lui ai dis ok, pas de problème : 310 roupies. Et il m’a répondu : OK !!! Je n’en revenais pas !!! Tout s’est passé avec le sourire. Je ne lui en veux pas, pour preuve nous revenons le voir aujourd’hui mais franchement ce sont quand même de beaux enfoirés !!!
Aujourd’hui, en jeune couple frais et dynamique, nous partons pour la visite de la citadelle. C’est juste une merveille, c’est sûr les indiens sont des artistes !!! Dans les petites ruelles étroites aux égouts apparents, il suffit de lever les yeux pour découvrir une merveille, les Havelis, ses petites maisons à étages, taillées et sculptées dans de gros blocs de grés ocre, entretenues tant bien que mal depuis des siècles !! Ici aussi c’est un désastre, nombreux sont les bâtiments en ruines, ou qui souffrent de fissures inquiétantes, sans parler des décharges aux pieds des remparts… Depuis que nous sommes en Inde, je n’ai pas le souvenir d’avoir vu ne serait-ce qu’une poubelle si ce n’est une poubelle géante !! C’est vraiment dommage, l’Inde est un pays magnifique mais carrément pas mis en valeur. C’est peut-être ça qui plait à tant de voyageurs, c’est un pays à l’état brut !! Mais sincèrement, nous prenons peu de plaisir ici, nous sommes constamment sur nos gardes, ça en devient vraiment usant !! Il nous tarde vraiment les vacances à Bangkok. Bref c’est ainsi, nous n’irons pas jusqu’à dire que c’est une mauvaise expérience… c’est une expérience !!! Qui je suis sûre laissera beaucoup de traces dans nôtre existence.
Après de longues hésitations, nous nous sommes décidés à faire ce safari que vendent tous les hôtels et toutes les agences de la ville. A 10H, nous sommes sur le bord de la route, à guetter l’horizon, à attendre de voir trois petites masses se dessiner au loin, nos dromadaires et Abdullah nôtre chamelier. Ils ne se sont pas fait prier. Les trois petites masses arrivent et grossissent à vue d’œil, jusqu’à nous dominer par leur grandeur. Ils sont là, imposants, habillés de linges éclatants. Nôtre jeep nous abandonne dans les pattes de nos nouveaux compagnons. Abdullah fait asseoir ses gagne-pains, charge la nourriture et nos sacs dessus. Nous le regardons faire, intéressés par son entreprise. Lui est complètement désintéressé de nos gueules de touristes pleins de fric. Jérôme panique un peu… Autant moi je panique devant un clébard galeux que lui ce sont bien les dromadaires qui le font flipper, chacun son trip !! Comme si Abdullah avait senti ses appréhensions, il me fait monter la première. Sûre de moi, je lève la patte afin d’enjamber le dos imposant de l’animal… je n’arrive qu’à lui foutre un gros coup de pied dans les côtes !!! C’est qu’il est grand le pépère !! Le deuxième essaie est le bon mais mon pauvre pantalon a décidé de me lâcher à ce moment-là !!! J’entends le crac de la déchirure, je sens mon postérieur se rafraîchir au contact de l’air. Abdullah n’a pas bronché, il n’a sûrement pas capté que je me retrouvais le cul à l’air sur son dromadaire !! Bien sûr je n’ai pas de change, je vais donc passer deux jours, le cul à l’air ! Nous étions à la recherche du grand air, non…??? Pendant toute ma réflexion autour de la malchance qui vient de s’abattre sur moi et mon pantalon, Jérôme a vaincu sa peur et se retrouve tel un prince du désert sur sa monture. Nous voilà prêts pour la grande traversée… les cheveux et le cul au vent… Balancée de gauche à droite, je m’imagine dans la peau du petit berger andalou à la recherche de la pierre philosophale… Mais je déchante vite… Nous comprenons rapidement que bien qu’ayant choisi un tour « non touristique », nous sommes bel et bien dans une attraction pour touristes !! Le désert… t’as gagné !! En tout cas les ordures ne désertent pas elles !!! Je finis plutôt par m’imaginer dans la peau du petit poucet suivant les sacs plastiques qui jalonnent le sentier. Sous les détritus, des milliers d’empreintes de dromadaires. Aucun lopin de sable n’est épargné !!! Je n’ose imaginer à quoi ressemble le désert dans le tour « touristique » … Après deux heures aux pas des dromadaires, nous arrivons au premier bivouac pour manger. Un deuxième chamelier nous rejoint avec son fils et une autre personne. Nous les regardons un moment chanter et préparer les chapatis au feu de bois, tentant de mémoriser ce savoir-faire pour l’importer dans nôtre appartement rue Charles de Bordeu. Ils leur faut une bonne heure et demie pour préparer avec soins nôtre repas qui se résumera à un Alu Ghobi ( curry de pommes de terre et de choux fleurs) accompagné des fameux chapatis tout chauds. « Mais vous ne mangez pas avec nous ??? -Non, en premier les touristes. » Nous insistons, rien à faire, nous avalons nos chapatis et nôtre Alu Ghobi sous les yeux de nos chameliers, ils ne partageront pas le repas avec nous. Encore une histoire de caste sûrement… ne pas se mélanger lors du repas !! Une fois régalés, nous les laissons manger tranquillement. Je suis assise sur une racine à l’ombre d’un arbre en train de lire quand j’entends des voix monter au loin. Jérôme est debout devant moi en train de dépecer le désert du regard… les voix se rapprochent, ça chante de plus en plus fort !!! C’est quoi-t-est-ce ?? Une petite troupe de gamins cherchant du bois. A peine arrivés, ils se jettent sur Jérôme pour un chant que nous connaissons bien, un mantra bien connu des gamins de ces contrées : « One roupie… one pen… One roupie… One pen… » Ils sont une dizaine autour de Jérôme, ils ne m’ont pas encore vue. Je regarde le spectacle, amusée, bien tranquille sur ma racine. Les gamins lui tirent la manche, lui font de beaux sourires charmeurs… il répond « No, nothing !!! » Fatigué, il se tourne vers moi et me dit : « Je te les envoie !! » Me voilà repérée !!! Deux jeunes filles magnifiques s’assoient à côté de moi, les autres me font face. Leurs petites bouilles crasseuses à croquer s’offrent à moi. Je ne sais pas si c’est le soleil mais ils ont des yeux extrêmement clairs, magnifiques. Je suis hypnotisée !! Tour à tour, ils me tendent leurs petites menottes, je leur tends les miennes. Nous échangeons quelques civilités avant qu’ils ne se jettent sur mes bijoux !!! « Donne moi ça, donne moi ça, donne moi ça !!! » C’est qu’ils sont virulents ces gamins, ils sont presque en train de m’arracher les doigts !!! Je fais pareil !! Je me jette sur la main d’une des gamines et essaye de lui arracher sa bague. Bien sûr elle retire sa main et se cache derrière les autres. Je la rappelle et lui dit sur un ton ferme : « It’s your ring, it’s my ring !! Ok ?? » Ils me lâchent les membres, arrêtent de piailler et me regardent avec curiosité. Mais je leur souris… ce qui fini par les décontenancer. Un gamin finit par rompre le silence et tente une dernière offensive : « One pen ? » Un claquement de langue et un hochement de tête suffit !!! Ce qui est triste, c’est que nous commençons à prendre toutes ces requêtes comme un jeu, mais ce n’est pas un jeu !!! Ces gamins sont pauvres, trop pauvres… Ils ont peut-être un membre de leur famille qui travaille pour les touristes ou qui casse des cailloux pour la construction d’un nouvel hôtel mais sachant que 50 roupies par jour (70 cts) est un bon salaire dans le désert, je vous laisse imaginer ce que doit être la vie d’une famille avec toute une smala de bambins… La nuit est tombée sur le désert, nous offrant un beau coucher de soleil. Les étoiles s’illuminent une à une, pour finir par illuminer la nuit. Nous avons mangé un curry de choux et de courgettes et des chapatis. Autour du feu nous discutons avec Abdullah qui parle parfaitement bien l’anglais. Ali ne parle pas du tout la langue de Shakespeare, il reste en retrait. C’est dommage parce que nous avons envie de lui parler, il a vraiment l’air adorable. Abdullah est le chamelier, Ali le sous-fifre. Sans prévenir, de l’ombre, sort une masse : Un bonhomme !! Il nous déballe son baluchon : bières, coca, fanta… Nous savons que les musulmans ne boivent en principe pas d’alcool mais nous proposons par politesse à nos deux amis de partager une bière avec nous. Et, ils acceptent sans hésitation. Mais quelle erreur !! On aurait dû penser à demander le prix avant. 100 roupies la bière et pas négociable !! Nous nous sentons engagés, pris au piège, deux jours de salaires, honteux… Le gars n’a pas de monnaie, allez benh donne nous en cinq !!! 10 jours de salaires !! Si j’avais pu, j’aurai fait « replay », revenir en arrière et tout effacer tellement je me sens honteuse avec nôtre portefeuille rempli de biftons de 500 roupies !!! Ma honte se transforme en écœurement quand Abdullah nous dit de boire nôtre bière seuls, que lui doit partir au village avec les dromadaires pour les nourrir, qu’il la boira plus tard. Nous nous tournons vers Ali, lui veut la boire cette nuit… Mais bien sûr, vous nous prenez pas un peu pour deux cons ??? Nous aurions préféré vous donner un pourboire plutôt que vous offrir une bière si c’est pour la revendre !! Nous sommes dégoutés, Jérôme ne manque pas de faire remarquer que nous n’avons pas apprécié ce geste mesquin !! Nous buvons donc tous les deux nôtre bière au mauvais goût de tromperie. Abdullah s’en va. Après tout c’est de nôtre faute, nous n’aurions pas dû proposer de l’alcool à des musulmans !!! Mais mes cocos ça sera vôtre pourboire !!! Ali nous aide à installer nôtre lit, deux couvertures sur le sable déjà humide. Quelques mimes pour dire que c’est parfait, se souhaiter une bonne nuit et nous nous enfonçons dans nos duvets de plumes pour une nuit à la belle étoile. Mais quelles étoiles…
Des nouvelles de mon pantalon, il ne va pas bien du tout !!!! Toute ma fesse droite est à l’air !!! J’ai fait une jupe avec mon écharpe, du coup je suis en train d’attraper la mort !!! Il fait trop froid, il est 7 h du mat, nous n’avons que très peu dormi, saisis pour le froid et l’humidité !! Le petit feu du matin est appréciable, le chaï d’Ali bien accueilli par nos corps frigorifiés. Abdullah n’arrivera qu’à dix heures… nous laissant le temps d’apprécier cette matinée. Nous voilà repartis !! Enfin… demi-tour !!! Il nous faut deux petites heures avant de gagner le bivouac du déjeuner, au bord de la route… C’est fini, on mange, on se repose et la jeep viendra nous rechercher !! C’est un peu de l’estampe quand même !!! On nous l’a vendu comme étant un safari non touristique, à soit disant 60 kms de Jaisalmer et 20 kms de la frontière pakistanaise. Nous avons vu au moins une dizaine d’ infrastructures pour touristes, des centaines de poches plastiques, et, autour du bivouac de cette nuit Jérôme s’est retrouvé avec deux tampax usagés entre les orteils… Nous avons fait peut-être 10 kms aller et 10 kms retour en dromadaire et sur le compteur de la jeep en arrivant à Jaisalmer, 40 km… Le paysage était tout de même très beau.
Devant nôtre café, nous commençons nôtre bilan sur l’Inde, l’heure du départ approche, nôtre train pour Delhi est à 16 h. Nous avons l’impression d’être passés à côté de l’Inde, la vraie, de n’avoir vu que les rouages du tourisme. L’impression d’avoir emprunté un chemin bien balisé pour touristes, menant de villes en villes, de temples en temples, de monuments en monuments, le tout dans un décor bien commerçant. Nous avons fait une ou deux rencontres désintéressées, mais uniquement dans les transports. Toutes les autres étaient soit un vendeur d’étoles de cachemire soit un cousin ou un frère d’un vendeur de bijoux !!! C’est sûr, nous sommes passés à côté !!! Nous commençons devant nôtre café à parler pour nos prochains pays de ne pas acheter de Lonely planet ou de l’acheter et de s’interdire d’aller dans chaque coin qu’il conseille… afin d’éviter une nouvelle frustration !!! Nous avons toute la journée à tuer !! J’ai envie de faire quelques achats mais je n’ai pas trouvé de boutiques où l’on ne m’alpague pas et où donc j’ai envie de rentrer !! Nous errons de devantures en devantures, nous nous retrouvons en bas de la ville, perdus. Jérôme me suit et laisse mon instinct dicter le cap !!! Je prends une grande rue à droite, me disant que si je reprends à droite et encore à droite on devrait revenir au point de départ… Ce qui me parait toujours logique… Mais non !!! Et je n’arrive toujours pas à comprendre comment on a pu se perdre comme ça !! Il n’y a plus aucune boutique, les rues sont désertes !! Nous sommes partis sans rien, pas de plan, pas d’eau, rien !! Même la boussole ne nous aide pas, c’est la première fois depuis le début du voyage que nous ne savons absolument pas où nous sommes !!! Il y a un grand escalier qui descend, je ne vois absolument pas pourquoi on descend étant donné que nous sommes censés être déjà en bas de la ville. Mais cet escalier descend, alors nous descendons. Nous arrivons dans un quartier, très coloré mais pas par les échoppes de textiles, par du linge, des saris qui sèchent au soleil. Des gens sont dehors en train de faire la lessive, de se laver ou de papoter. De nombreux gamins mais pas un qui nous demande une roupie, juste de larges sourires et des « hello ». Nous nous arrêtons à l’intersection de deux petites ruelles et c’est là que nous faisons la rencontre de Sawar khan. Et quelle rencontre ??? Il sort visiblement de la douche, il avance vers nous en nous demandant : « - Français ?? - Mais comment t’as deviné ??? - Ohhh, ça se voit de suite. Vous êtes perdus ?? - Oui. » Après quelques échanges il nous indique la route mais ce regard bleu turquoise nous intrigue, nous réengageons la conversation. Un type en voiture manque de nous écraser en voulant se garer, Sawar nous dit que c’est un brahmane (Prêtre, la plus haute des castes hindous) avec qui il a beaucoup de problèmes !!! Et c’est à partir de ce moment-là que nous comprenons à quel genre d’homme nous avons à faire. Sawar appartient à la famille des musiciens de Jaisalmer. Comme tout musicien, il est intouchable, un hors caste. La 37ème et dernière génération de musicien du Maharaja de Jaisalmer. C’est lors de la rencontre avec Hilary Clinton, en visite au palais, que la vie de la famille prend un autre tournant. Sawar est alors âgé de 17 ans. Après l’invitation et l’aide d’Hilary pour venir jouer aux Etats-Unis, la famille s’enrichit considérablement. De plus en plus de concerts sont programmés à l’étranger. Pour Sawar, une évidence : profiter de cette nouvelle notoriété pour changer la condition des intouchables !! Aujourd’hui, l’association a ouvert la seule école pour intouchables de Jaisalmer, un musée sur les instruments où des cours et des concerts sont donnés gratuitement, une résidence pour artistes à l’extérieur de la ville et des locaux où des femmes transforment des emballages plastiques usagés en objets de décoration pour les vendre lors des concerts. Depuis six ans, le nouveau combat de Sawar est l’ouverture d’un hôpital pour intouchables. Le terrain est acheté mais il est sans cesse trainé devant les tribunaux par les riverains de haute caste qui ne souhaitent pas voir se construire un tel bâtiment si impur à leurs yeux à côté de leurs maisons. Sawar nous invite au concert de ce soir. Avec regrets nous lui disons que nous prenons le train de 16h. Il nous propose donc de nous faire visiter le musée et l’école. Nous rentrons donc dans le musée qu’il ouvre juste pour nous. Aux murs, les instruments de ses aïeuls, des coupures de presse encadrées, un numéro spécial du magazine Géo sur le désert du Thar avec tout un article sur lui et sa troupe et les objets confectionnés par les femmes. Nous nous installons sur un tapis et l’assommons de questions sur la vie des intouchables et sur la culture indienne. Nous lui faisons part de nôtre malaise devant cette culture tellement différente de la nôtre, devant ce système de castes encore encré dans le pays bien qu’officiellement aboli par le Congrés depuis 1947, devant tant de corruption !!! Il répond à toutes nos questions, sans tabous, sans réserves !!! Je lui demande pourquoi il n’est pas dans les guides touristiques, il nous répond d’un sourire blazé : « L’Office de tourisme !! Corruption. Seuls les hôtels, restaurants et infrastructures tenus par des brahmanes ou des rajputs sont dans les guides… » Nous en apprenons en deux heures de temps bien plus qu’en 1 mois de voyage… L’heure tourne, nous pourrions rester des heures à discuter avec Sawar, mais nous avons un train et un avion à prendre, c’est vraiment trop bête !! Nous n’avons même pas le temps de visiter l’école !!! Il nous montre juste en vitesse son temple, son trésor, sa caverne d’Ali Baba. !! Quand nous rentrons dans cette pièce, nous sommes éblouis mais ce ne sont pas des bijoux en or que nous avons devant les yeux mais des milliers de fossiles, sa passion !! Il y en a partout, bien répertoriés, classés par taille. Il en a plus de 6000 ! C’est lui-même qui les a tous trouvés dans le désert du Thar qui, il y a 160 millions d’années, était une mer qui couvrait tout le Pakistan. Il est très difficile de quitter nôtre ami, une phrase revient sans cesse : « Mais pourquoi avons-nous croisé ton chemin si tard ??? » et lui rigole. Avant de partir il nous dit : « -Quand vous reviendrez, venez me voir !!! - Ne t’inquiètes pas, on y manquera pas !!! » Nous repartons avec une toute nouvelle image de l’Inde, avec l’impression de l’avoir enfin palpée et avec le message d’espoir que j’étais venu chercher. Heureux d’avoir fait cette rencontre tardive !!! Et avec en tête, le projet de revenir et de continuer à découvrir tout le travail de cette association !! Merci Sawar de nous avoir donné tout ce temps malgré ton emploi du temps bien chargé. Merci de nous avoir fait découvrir ton Inde et partager ton combat. (Nous avons mis en lien la page du site web de l’Association) 30/12/2008. Delhi. Décidément, c’est quand nous partons que nous faisons les plus belles rencontres !!! Après Sawar c’est toute une famille que nous avons rencontrée dans le train hier soir. Mona, Sukanta, Byasha, Chandan et leurs enfants. Une famille d’enseignants. Nous les avons rencontrés quand nous étions en train d’essayer de nous installer sur nos couchettes. Etant en liste d’attente et n’ayant pas assez de place pour donner une couchette à tout le monde, on nous fait partager chacun la couchette d’une autre personne. Pour ne pas mélanger les sexes, on nous fait partager deux couchettes avec un couple, moi avec la femme et Jérôme avec l’homme. Et c’est le même bordel sur 6 couchettes. Visiblement, Sukanta ne souhaite pas nous voir séparés sur toute la durée du trajet. Il nous dit de nous asseoir ensemble et va parler à tours de rôle avec chaque couple séparés. Il réorganise tout le wagon pour que nous puissions chacun être avec notre paire. Un joyeux bordel qui porte ses fruits !!! Très ouverts, nous passons une bonne partie de la soirée à discuter avec eux. Ils comprennent entièrement nôtre frustration face à un pays corrompu et pourri par le tourisme. Mais ils nous font aussi remarquer que c’est à nous de sortir des sentiers battus !!! Que nous avons choisi de visiter l’une des région les plus touristiques du pays, que nous n’avons pas vu l’Inde mais un spectacle pour touristes !!! C’est décidé, fini les plans Lonely planet !!!
1. Cathy Verlhac Le 04/01/2009 à 18:56
2. mumu Le 05/01/2009 à 16:24
3. ben Le 06/01/2009 à 12:54
4. Juju kinderBass Le 07/01/2009 à 19:33
5. Juju kinderBass Le 07/01/2009 à 19:40
6. simon Le 10/01/2009 à 23:11
7. dany nicole Le 11/01/2009 à 11:25
8. daniel et mimi Le 15/01/2009 à 17:51
9. daniel et mimi Le 15/01/2009 à 18:04
10. SERGE ET JOSETTE Le 15/01/2009 à 19:06
11. fonfec Le 16/01/2009 à 18:06
12. Gaëlle & Gabriel Le 20/01/2009 à 07:31
13. mamoun Le 20/01/2009 à 08:14
14. fabienne et francis Le 20/01/2009 à 08:28
15. gwen Le 20/01/2009 à 10:59
16. ben Le 20/01/2009 à 12:54
17. Giorgio Le 20/01/2009 à 15:58
18. tatie patricia Le 20/01/2009 à 19:00
19. fonfec Le 20/01/2009 à 21:07
20. mamoun Le 21/01/2009 à 09:47
21. Josie Le 21/01/2009 à 10:58
22. dany nicole Le 22/01/2009 à 10:02
23. mamoun Le 27/01/2009 à 07:27
24. mamoun Le 28/01/2009 à 17:20
25. mumu Le 29/01/2009 à 14:56